BURKINA FASO : Des élections à l’ombre de Sankara

Voter librement, les Burkinabè en rêvaient depuis plus de 27 ans. Pour y parvenir, après avoir été longtemps brimés, trichés et trompés; ils se sont insurgés contre le pouvoir, et chassé celui qui incarnait ce qu’ils abhorraient le plus au monde: la confiscation de leur liberté et l’étranglement de la démocratie. Ils ont alors engagé une transition difficile, cahoteuse, risquée mais volontaire. Les Burkinabè ont réussi à organiser ce dimanche 29 novembre, des élections présidentielles et législatives combinées, dans la sérénité et la discipline.

D’abord annoncées pour le 11 octobre, ces élections mixtes ont été différées à cause du putsch raté du 17 septembre dernier, un soubresaut réactionnaire du général Gilbert Diendéré, l’ange gardien du rusé Blaise Compaoré, chassé du pouvoir en octobre 2014 et exfiltré par la France du Burkina pour la Côte d’Ivoire.

Travail en profondeur

Ce 29 novembre donc, cinq millions cinq cent mille électeurs étaient invités aux urnes avec plus des 18.000 bureaux de vote, quelque 25.000 gendarmes et policiers et 17.000 observateurs nationaux et étrangers, pour veiller à la qualité du processus, sa moralité et sa sécurité. Un véritable défi facilité par des populations conscientisées, mobilisées et décidées plus que jamais à exprimer leur volonté en déposant dans les urnes leurs bulletins, en veillant à le remplir correctement.

La société civile, le Balai Citoyen en tête, les partis politiques, les sages du pouvoir traditionnel, les religieux, toutes confessions confondues, peuvent aussi être fiers du travail de sensibilisation à la citoyenneté responsable qu’ils ont réalisé directement sur le terrain. Le calme observé partout est le doux fruit de leur travail en profondeur auprès des communautés, auxquelles ils ont tenu le langage de la vérité, pour que chacun mesure à sa juste valeur les conséquences objectives de son comportement sur le déroulement correct des consultations.

Vote historique dans la confiance

Très tôt, la plupart des Burkinabè se sont rendus dans les lieux réservés à la votation, sont restés attendre leur tour des heures durant, et ont évité le plus souvent les bousculades, sources de tensions pouvant entrainer le pire. Cependant, comme c’est souvent dans les votes en Afrique « trouver son bureau de vote, c’est compliqué ! » pour certains.

Mais le président Michel Kafando et son premier ministre Isaac Zida, s’ils n’étaient pas les premiers à voter, en le faisant entre 8h30 et 9h du matin, n’ont pas voulu être les dernier à accomplir ce devoir civique. Ils avaient l’air bienheureux, celui d’avoir réussi à faire traverser au Burkina cette impétueuse transition. N’étant point candidat, ils ont su animer l’arène politique, tout en laissant la bride au cou des 14 candidats deux femmes à la magistrature suprême du pays. Cerise sur le gâteau, à peine son vote terminé, le voilà embarqué pour la COP 21 à Paris, laissant le peuple choisir son prochain président et ses députés, en toute confiance. Des élections vraiment ouvertes. Même si l’on signale une cinquantaine d’incidents : des retards à l’ouverture, des bulletins manquants, l’insuffisance d’encre, l’absence de listes, etc. La Commission nationale indépendante s’est démenée comme elle a pu pour remédier à ces dysfonctionnements.

Vengeance posthume de Sankara

En lice, 14 candidats dont au moins la moitié était des proches de l’ancien locataire de Kosyam. Roch Marc Christian Kaboré et Zéphirin Diabré, semblent les mieux placés pour remporter le fauteuil présidentiel. Le taux de participation est important au vu des longues files et de l’engouement général. Les statistiques précises ne sauraient tarder car les résultats provisoires sont attendus dans 24 heures. Ce lundi en principe !

Ces élections visiblement réussies sont un hommage à la probité morale du président intérimaire Michel Kafando, dont l’admirable esprit d’abnégation a permis ce ‘’miracle politique’’; un salut au courage militaire du premier ministre Isaac Zida, qui a su choisir la patrie face aux siens; enfin c’est une glorification du sacrifice de Thomas Sankara, une vengeance posthume de son esprit révolutionnaire. C’est historique ! Et pour être terre à terre, rejoignons Lamine Sawadogo, ce commerçant burkinabè rencontré par un reporter de GCI qui exulte : « nous sommes fiers de la manière dont les choses se passent. Les affaires vont bientôt bien reprendre ! »   

Maria de BABIA pour GCI

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