BURKINA FASO : Des députés face à leur conscience

Dans la bataille politique qui se joue depuis des semaines au Burkina Faso, il y a essentiellement trois acteurs. Tout d’abord le pouvoir et ses affidés d’un côté et, l’opposition soutenue par la population, de l’autre. Mais entre les deux, il y a une élite incarnée par les députés qui sont appelés à faire un choix qui devrait être déterminant pour le destin et l’avenir du pays. La question est alors celle de savoir si, après la gigantesque manifestation d’avant-hier, ces parlementaires, foulant aux pieds les légitimes aspirations de ceux qu’ils représentent, se risqueront au mettre le feu à la maison commune, pour satisfaire aux désidératas d’un homme ?

En raison des risques qu’il fait peser sur le pays qu’il gouverne depuis 27 ans, Blaise Compaoré, ne mérite aucune indulgence. Son entêtement à s’accrocher au pouvoir justifie qu’il soit combattu jusqu’à ce que son échec soit évident pour lui-même. De ce point de vue, tous les moyens dont pourraient user l’opposition et le peuple, dans son ensemble, pour empêcher que Blaise Compaoré ne s’éternise au pouvoir, sont acceptables.

Il convient cependant de mettre en exergue le rôle et la responsabilité qui reviennent à l’élite burkinabé, en partie symbolisée par les parlementaires qui, ce matin, sont appelés à se prononcer sur le projet de révision constitutionnelle. Ils sont en effet 127 hommes et femmes qui ont pleinement conscience des enjeux et des risques qui guettent le pays. Vivant au milieu de leurs compatriotes, ils n’ignorent pas la légitimité de la résistance populaire face au projet présidentiel.

Ils savent également qu’ils sont capables d’éviter au pays toutes les menaces d’implosion sociale qui l’assaillent. Pour cela, ils n’ont qu’une chose à faire : choisir entre les prébendes qui leur sont proposées ou promises par le pouvoir et les aspirations authentiques de ceux pour et au nom desquels ils sont députés.

Ils peuvent s’immortaliser en renonçant aux intérêts fugaces et bassement égoïstes qu’on leur fait miroiter. Ils mériteront alors de toutes les générations futures qui leur seront éternellement reconnaissantes pour le sacrifice consenti dans l’intérêt supérieur de la Patrie mère. Leurs descendances respectives seront à jamais marquées du sceau de la fierté. Bref, ils s’inscriront dans la lignée des grands héros dont les noms, rendus célèbres, seront étrennés à l’occasion de chaque réjouissance officielle.

Mais si, au lieu d’opter pour  la grandeur et la patrie, ils privilégient des intérêts éphémères, ils seraient associés à toutes les conséquences catastrophiques qui résulteront de leur choix. Au même titre que Blaise Compaoré, ils seraient responsables de toutes les vies qui seront perdues dans le cadre de la grave crise politique qui se profile. Leurs noms seraient pour toujours souillés par le sang versé. 

Les conditions difficiles que veuves et orphelins seront amenés à vivre leur seraient également imputables. Pour avoir orchestré ou laissé s’instaurer l’anarchie et le chaos, l’histoire se souviendra d’eux comme des traitres à la nation. Ils mériteront d’autant plus l’infamie qui leur collera à la peau que la grosse marche du mardi 28 octobre devait leur servir de boussole.        

Boubacar Sanso BARRY pour GuineeConakry.info

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