
La mésentente diplomatique qui éclate ainsi entre le Rwanda et l’Afrique du Sud n’a à priori rien de surprenant. Elle est plutôt l’aboutissement d’une longue période durant laquelle les deux pays se sont regardés en chiens de faïence. En effet, la nation arc-en-ciel demeure le principal abri des opposants au régime de Paul Kagamé. Et, on imagine que cette situation n’a pas toujours été du goût de Kigali. Mais au lieu de déclarer publiquement leur désapprobation, les autorités rwandaises ont plutôt agi avec leurs services de renseignements qui n’ont cessé de traquer les opposants présents en Afrique du sud. De son côté, le pays de Nelson Mandela ne voulant pas se fâcher avec la puissance qu’est devenu le Rwanda post-génocide, avait jusqu’ici fermé les yeux sur les règlements de compte.
Mais avec l’assassinat récent de l’ex-chef de renseignements rwandais, Patrick Karegeya et surtout avec l’attaque encore plus récente contre le domicile de Kayumba Nyamwasa, Prétoria estime que trop c’est trop. En continuant à ignorer les agissements de Rwandais sur son sol, le pays de Mandela risque bien de perdre en crédibilité sur le plan de la défense des droits humains. Or, quand un pays ambitionne un certain statut et revendique une certaine place sur l’échiquier mondial, ce sont des éléments qu’il faut prendre nécessairement en compte. Par ailleurs, l’opinion publique sud-africaine, à travers notamment la presse, réclame des dirigeants sud-africains qu’ils haussent le ton. Autant de pression que Jacob Zuma et ses collaborateurs ne peuvent pas ignorer. D’autant plus qu’une échéance électorale cruciale se profile à l’horizon.
Pour le président sud-africain, il est plus difficile de se laisser aller à la volonté de ses compatriotes, car de gros intérêts sont en jeu en Afrique centrale. Appartenant au cercle très fermé des pays émergents et rivalisant de plus en plus les puissances classiques, l’Afrique du sud a tout d’abord besoin des immenses richesses minières qui sortent notamment des terres de la République Démocratique du Congo (RDC). Par ailleurs, dans le cadre des mêmes intérêts géostratégiques, la nation arc-en-ciel déploie des troupes dans l’est de la RDC. Des troupes qui, on peut l’imaginer, peuvent facilement se retrouver dans le viseur de Kigali. Pour donc pour toutes ces raisons et pour d’autres non encore avouables, Jacob Zuma se doit bien de réfléchir avant de poser un quelconque acte.
Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info




















