BOKO HARAM : L’Etat nigérian capitule-t-il ?

Il ne faut peut-être plus se fier aux engagements tonitruants du président Goodluck Jonathan. Au-delà du chef de l’Etat nigérian, c’est l’Etat lui-même qui semble céder devant la furie meurtrière à laquelle les combattants de la funeste et cruelle secte islamiste, Boka Haram soumettent le pays. A coups d’attentats terroristes barbares et à répétitions, les hommes d’Abubakar Shekau finissent par agenouiller la première puissance régionale. C’est ainsi que la police nigériane vient d’interdire au proches des quelques 200 lycéennes retenues par Boko Haram de manifester pour réclamer la libération de otages innocentes. Il n’est plus question que de la mollesse et de l’apathie des autorités. Désormais, ce sont ces tares qu’on ne peut plus, non plus dénoncer. Le comble, en somme !

C’est à croire que les islamistes nigérians voient dans les sorties orageuses du président Goodluck Jonathan des signes les invitant à poursuivre dans leurs séries sanguinaires. Plus le président brandit des menaces, plus les attentats se succèdent, les uns plus meurtriers que les autres. Le dernier en date est celui qui, avant-hier, dans un stade de Mubi, dans l’Etat d’Adamawa, aurait fait une quarantaine de morts.

Le poseur de la bombe avait très certainement voulu faire le plus de victime possible. C’est pourquoi il a attendu la fin de la rencontre, à l’heure où, le public ayant abandonné les gradins, était relativement regroupé avant de sortir. Pas besoin d’attendre la revendication pour y voir la main de Boko Haram. Abubakar Shekau et les siens sont les seuls qui ont intérêt à ce que du sang soit ainsi versé au Nigéria.

Mais au-delà du caractère hautement sauvage de ces actes, c’est l’attitude des autorités qui est encore plus regrettable.  Alors que le comportement et les agissements de l’Etat fédéral sont une composante essentielle dans l’avènement de Boko Haram, le voilà qui, devant le péril qui guette le pays, fait comme si de rien était. Les principaux dirigeants du pays vivant dans la partie sud, quelque peu épargné par la secte, ils relativisent le sort qui affecte le nord. C’est à peine si le chef de l’Etat formule des menaces à la faveur de chaque attentat. Des menaces qui, jusqu’ici, n’ont jamais été suivies de résultats probants. Certes, on avait annoncé en grande pompe, une vaste campagne destinée à éradiquer le mouvement terroriste. Mais ce dernier n’a jamais fait aussi mal au Nigéria que depuis la déclenchement de cette soi-disant campagne.

Mais l’Etat nigérian vient certainement de franchir le seuil de l’acceptable en interdisant aux proches des 200 lycéennes de réclamer la libération de leurs enfants. Cette humiliante mesure enfonce davantage ce qui restait d’autorité publique au Nigéria. La police argue bien entendu des raisons de sécurité.

A supposer que ces raisons soient vraiment fondées, l’Etat n’avouerait-il pas ainsi son impuissance devant l’ennemi ? Par ailleurs, sur le principe, un Etat dont la mission est justement de retrouver les otages, ne se ridiculise-t-il pas en refusant aux proches des victimes de crier leur colère ? Ne leur retire-t-on pas l’ultime arme qui était la leur ? La mesure n’est-elle pas pire que ce que les manifestants vivent déjà ?

Pour les parents des otages, cette décision gouvernementale est d’autant plus cynique qu’en réalité, elle viserait à empêcher que les défaillances des autorités soient mises sur la place publique. Goodluck Jonathan et les siens se soucieraient davantage de leur image. C’est irresponsable. Et même criminel. En des moments pareils, un leader doit moins penser à sa personne.

Boubacar Sanso BARRY pour GuineeConakry.info

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