BOB WOODWARD: Des journalistes africains l'ont rencontré

En séjour aux États-Unis, des journalistes africains ont rencontré Bob Woodward, l'un des piliers du Washington Post qui, dans les années 70, avait révélé le scandale du Watergate ayant conduit à la démission du président Richard Nixon...

Ils ont découvert un sexagénaire opiniâtre, qui affiche depuis près de quarante ans le même engagement et la même passion pour le journalisme d'investigation.

Bob Woodward se méfie des anciens sénateurs américains qui deviennent présidents. "En général, ils sont peu pragmatiques", constate ce journaliste, rédacteur associé au quotidien The Washington Post. Barack Obama, le tout nouveau numéro 1 américain, ancien sénateur de l’Illinois, fera-t-il exception à la règle? Seul l’avenir le dira. Mais, "je suis prêt à payer des cours à ce genre de présidents pour qu'ils apprennent des notions de réflexion stratégique!", ironise Bob Woodward, lauréat de presque tous les prix américains de journalisme. Le prix Pulitzer fut attribué au Washington Post, en 1973, pour son enquête sur le scandale du Watergate.

Quelques rires fusent dans la salle polyvalente du Département d’État américain, à Washington DC, la capitale fédérale. En cette matinée fraîche d'octobre, 150 journalistes africains, européens, latino-américains et asiatiques y écoutent avec attention Bob, une icône de la presse américaine. Venus dans le cadre du programme "Visiteurs internationaux", organisé et financé par le Département d’État dans le but de leur faire découvrir la culture et le paysage médiatique américains, ils ont parcouru plusieurs États, échangé avec des hommes de médias, des cadres de l’administration, des politiciens…"La rencontre avec Bob a été l'une des étapes les plus marquantes de mon séjour", affirme Ali Amir Ahmed, journaliste comorien. Son confrère sénégalais Alassane Samba Diop, tout autant séduit par la carrière exemplaire du journaliste américain, renchérit plein d'une fervente admiration: "Bob est une personnalité immense."

37 ans de carrière et plusieurs best-sellers

De son vrai nom Robert Upshur Woodward, Bob aime à rappeler, non sans fierté qu’il a connu et interviewé plusieurs présidents américains dont Ronald Reagan, Bill Clinton, Bush père et Bush fils. À le voir si sûr de lui, le geste vif, le regard convaincant derrière ses lunettes, cet homme élancé de 65 ans paraît de prime abord un brin suffisant. Une impression vite dissipée par l’humour communicatif de ce fils de procureur qui aimait fouiner dans les affaires de son père. De là daterait, selon lui, son désir de toujours chercher à comprendre les choses. "Il faut creuser les sujets d'article, parce qu'on ne sait jamais d'avance la grande affaire que l'on va découvrir", insiste-t-il. Et, pour en illustrer ce précepte, ce passionné de journalisme, père de deux enfants, évoque ses 37 ans de carrière au Washington Post, ses onze best-sellers et le scandale du Watergate dont la révélation aboutit en 1974 à la démission du président républicain Richard Nixon.

Rien n’augurait d’une carrière journalistique brillante pour Bob, 29 ans, à l’époque de ce scandale. Après des études d’histoire et de langue anglaise, puis cinq ans de service dans la marine de guerre américaine, ce natif de l’Illinois, avait commencé, en 1971, comme simple reporter au Washington Post. Des débuts des plus difficiles pour un jeune sans formation de base. Au rédacteur en chef qui lui reprochait son incompétence, il s'était contenté de dire: "Merci, Monsieur. Mais en m'exerçant, j'ai découvert un métier que j'aime." Et il s’était remis à la tâche... La suite, on la connaît.


"Persévérez!"

En 1972, le cambriolage du siège du parti démocrate dans l’immeuble Watergate donne à l’enthousiaste reporter l’occasion de faire la démonstration de ses talents. En creusant ce fait divers, son confrère Carl Bernstein et lui publient sur deux ans des centaines d’articles qui révèlent l’existence de pratiques illégales, telles les écoutes clandestines des opposants par l’administration de Richard Nixon, finalement forcé à la démission. Bob y apprit les bases de l’investigation: vérification rigoureuse des informations, bonne gestion des sources et persévérance… Des techniques éprouvées et une qualité qui lui ont permis de produire une quinzaine d’ouvrages pour informer ses concitoyens, dénoncer la corruption, etc. Son dernier livre en date, The War Within publié en septembre 2008, est une critique cinglante de l’administration du président Georges Bush junior et de sa gestion du conflit irakien. Pour Albert Hunt du Wall Street Journal, entre autres, Bob est "le plus grand journaliste contemporain".

À ceux qui lui demandent comment il arrive à obtenir informations, il répond par ce conseil: "Intéressez-vous sincèrement aux gens en faisant au préalable des recherches sur eux. Quand vous les rencontrez, dites-leur ce que vous savez d'eux. Ils se diront alors qu'ils ont face à eux quelqu'un de sérieux et parleront avec confiance." "Plus facile à dire qu'à faire!", rétorquent les journalistes étrangers invités qui évoquent les violations de la liberté d’expression et les difficultés d’accès à l’information dans leurs pays. "Le journalisme est une responsabilité", répond Bob avec optimisme. Même aux États-Unis, où la liberté de presse est totale, on a tenté de bâillonner les médias. Continuez à vous battre, persévérez!"


Fernand Nouwligbèto
(Syfia États-Unis)

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