
C'est lui qui eut l'inspiration géniale du patronyme "Bembeya Jazz" pour baptiser ce groupe qui allait émerveiller la Guinée et le monde. Lui, c'est Bangaly Traoré dit "Gros Bois". Né en 1940 à Beyla de Fafran Diabaté et de Massé Camara. Il est à l’école primaire de Beyla centre de 1947 a 1951. Pour des raisons de famille, il est engagé apprenti chauffeur, après quelques années d'école buissonnière.
En février 1958, il obtient son premier permis de conduire et la même année, il est à la maire de Beyla. Il y restera jusqu’à la fondation du Bembeya Jazz en 1961 puis à sa nationalisation. Depuis la fondation du Bembeya Jazz en 1961, Bangaly Traoré est resté soudé au groupe comme son saxophoniste, lui qui avait commence par les castagnettes.
Son jeu était fait de notes simples et agréables, pour soutenir en douce ou en force les compositions musicales de l'orchestre légendaire. Fondu dans le jeu collectif, il devenait la cheville ouvrière d'un grand ensemble musical dont toute l'originalité se trouve principalement dans la mise en commun d'idées artistiques innovantes mais enracinées dans le terroir.
Sa modestie se traduisait dans la texture de son souffle qui servait de point d'appui à Dorégo Clément, le Béninois saxophoniste du Bembeya Jazz National.
Bangaly Traoré "Gros bois" s'est éteint ce jour à 13 heures l'Hôpital Ignace Deen de la la commune de Kaloum, des suites d'une longue maladie. Il sera inhumé ce vendredi 25 octobre 2013 au cimetière de Kameroun, après la prière de la Grande Mosquée Fayçal de Conakry.
Que son âme repose en paix! Amen.
JMJ pour GuineeConakry.info
Crédits photo: GCI/Tabassy Baro
Mais d’ où vient le nom Bembeya?
Après que le groupe de musiciens se soit formé, il fallait à présent lui trouver un nom qui lui aille comme une ombre en plein zénith. Ainsi le jeune commandant Monsieur Emile Condé, convoqua une grande réunion, le 1er avril 1961 en sa résidence, sous le grand hangar, pour une concertation générale. A l’époque, les répétitions se faisaient à la résidence même du gouverneur en personne! Il invita toutes les sections de la jeunesse, le bureau de la fédération politique, celui du comité de la J.R.D.A ( Jeunesse du Rassemblement Démocratique Africain ) et les membres fondateurs de la jeune formation.
Le commandant chevronné à l’imagination fertile, en révolutionnaire préside la séance et indique l’ordre du jour, essentiellement consacré à la recherche du nom de baptême de la jeune formation régionale. Tour à tour, chacun devait se prononcer librement en faisant des propositions.
De nombreuses propositions seront annoncées: Syli Star de Beyla ; le Club d’Emile, le Simandou Jazz de Beyla, etc. C’est seulement vers onze heures, que Bangaly Traoré dit ‘’ Gros Bois’’, dans une inspiration géniale proposa ‘’Bembeya Jazz’’. Silence. Approbation. Soudain, il rallie tout le monde. Tous les participants trouvent le nom charmant, sonore, authentique.
Chacun réalise qu’ils étaient partis trop loin, alors que ce nom de trois syllabes, appartient au quotidien de chacun. Les participants se rappellent alors ce proverbe guinéen qui dit: ‘’pourquoi aller chercher ailleurs, quand ici est meilleur.’’
Sur-le-champ le patronyme est donc accepté à l’unanimité. Puis chacun se mit à raconter ce qu’il savait de Bembeya. Et les justifications de ce choix devenaient nombreuses et même mystiques. La monographie et l’étymologie vont se rencontrer pour tout nous expliquer. L’on apprendra ainsi que le nom Bembeya est un mot guerzé qui signifie ‘’Bembè’’: marigot et ‘’Ya’’: liane. Les anciens de Beyla se souviennent encore de cette rivière ‘’mystérieuse’’ qui inondait la ville, en débordant complètement de son lit, et du bas-fond en saison sèche, obligeant les travailleurs de l’autre rive à se déchausser pour la traverser; elle pouvait aussi tarir en août, en pleine saison pluvieuse.
Mais, plus mystique, sur la rive droite, à côté de Diakolidou, en partant vers la zone administrative, il y avait une petite forêt de laquelle, les riverains croyaient entendre des sons portant une musique, le plus souvent dans la nuit du jeudi au vendredi. Mais, sans jamais vraiment comprendre d’où sortaient ces instruments et d’où venaient ces musiciens. Incroyable, mais vrai et, confirmé par plusieurs sages de Beyla qui ont connu vécu le phénomène!
Extraits du livre:
BEMBEYA JAZZ NATIONAL
Cinquante ans après, la légende continue...
Justin Junior Morel, Souleymane Keita
Préface d'André Lewin
Harmattan Guinée




















