BEJI CAÏD ESSEBSI : Un ''président-bouclier''

Au-delà d’une victoire ordinaire, l’élection de Beji Caïd Essebsi au scrutin de dimanche dernier est l’épilogue du vaste mouvement révolutionnaire qui, balayant Ben Ali et son régime, avait inauguré, ce que le monde appellera le « printemps arabe ».

Quatre ans après ces énormes convulsions sociales, essentiellement initiées et menées par une jeunesse tunisienne désœuvrée, en quête de repères, c’est entre les mains d’un vieux roturier politique, âgé de près de 88 ans que la Tunisie remet son destin. Un paradoxe dicté par la crainte que le péril islamiste inspire aux électeurs tunisiens.

 

En Tunisie, mettant en avant les baisses respectives de la fécondité et de la mortalité, ainsi que l’allongement de l’espérance de vie, bien des spécialistes parient sur le vieillissement de la population. Mais ces projections ne suffisent pas à rendre compte de la paradoxale victoire de Beji Caïd Essebsi contre Moncef Marzouki.

Naturellement, vu que le leader de Nidaa Tounès avait les faveurs des sondages, le paradoxe dont il est ici question, ne procède pas d’un retournement de situation. Mais on comprend difficilement le fait que la jeunesse tunisienne, fer de lance de la révolution du jasmin, place sa confiance et ses espoirs entre les mains de BCE, un vieil homme de 88 ans ! Le grand écart d’âge entre elle et le président qu’elle vient d’élire ne constitue-t-il pas déjà un facteur d’incompréhensions et de malentendus potentiels ? Ce dernier saura-t-il notamment prendre en compte l’urgence qu’il y a à répondre à l’épineuse question du chômage ?

Le choix opéré par les Tunisiens laisse croire que l’ordre des priorités a quelque peu changé, depuis la révolution anti-Ben Ali. Certes, le chômage, la baisse drastique du pouvoir d’achat, le repli économique ou encore la baisse des recettes touristiques demeurent des préoccupations majeures ; mais pour les Tunisiens, la question sécuritaire occupe désormais la place prépondérante.

Une question sécuritaire qui se confond à la menace djihadiste. C’est là, le péché mignon de Moncef Marzouki. Pour les Tunisiens dont l’Islam est des plus modérés, l’approche laxiste avec laquelle le président sortant a abordé le péril islamiste, est quelque chose d’impardonnable ! Le silence et la résignation qui ont été les siens après l’attaque contre l’ambassade américaine en septembre 2012, et au lendemain des assassinats de Chokri Belaïd et Mohammed Brahimi, l’ont totalement disqualifié aux yeux de la plupart de ses compatriotes.

En ces temps où l’islamisme radical a particulièrement le vent en poupe, l’électeur tunisien se prononce tout d’abord pour un ‘’candidat-bouclier’’. Le fait que ce dernier ait l’âge du grand-père est de moindre importance. Qu’il puisse tenir un langage de fermeté aux islamistes et qu’il n’hésite pas à mâter les djihadistes, sont les choses qui comptent. Pour les électeurs, ces attributs sont davantage incarnés par le vieux BCE !

Il serait toutefois utile au nouveau président de comprendre que cet ordre de priorités peut évoluer à tout moment. D’où la nécessité pour lui de ne jamais négliger les autres préoccupations basiques. Autrement, le désamour pourrait arriver plus tôt que prévu.  

Boubacar Sanso BARRY pour GCI

 © 2014 GuineeConakry.info

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