BARKHANE EN AFRIQUE : Le retour de la France par la grande porte

Au terme d’une mini-tournée qui, la semaine dernière, l’a successivement conduit en Côte d’Ivoire, au Niger et au Tchad, François Hollande a lancé ‘’Barkhane’’, le nouveau dispositif français en Afrique. Naturellement, du point de vue du chef de l’Etat français, cette nouvelle force à vocation régionale et pérenne, est un impératif des nouveaux défis sécuritaires dans la bande sahélienne. Mais à y regarder de près, on verrait moins cette dimension de bienfaisance. Pourvu qu’on ne fasse pas comme le cycliste ayant les yeux rivés sur le guidon, on décèlerait dans la création de Barkhane, le parachèvement d’un plan savamment élaboré en vue de rendre nécessaire une certaine ‘’réoccupation’’ du continent africain par l’armée française. Avec, comme différence de taille, le fait que cette fois-ci, les Africains semblent solliciter cette ‘’occupation’’.

En 2008, le président Nicolas Sarkozy, professant la rupture d’avec « les relations patrimoniales entre la France et l’Afrique », disait-il, s’était engagé en faveur de la fermeture d’un  certain nombre de bases hexagonales sur le continent. Pour lui, c’était la réponse aux critiques selon lesquelles, l’ancienne puissance coloniale, agissant en gendarme du continent, se servait de ces bases militaires pour maintenir certains dictateurs dévoués à sa solde.

La France part la fenêtre et revient par la grande porte

C’est ainsi que le 43ème bataillon d’infanterie de la marine (BIMA) de Port-Bouët est dissous en 2009. De même, la base aérienne 160 Dakar-Ouakam est fermée en juillet 2011. Enfin, les Forces françaises au Cap-Vert (FFCV) sont également dissoutes. Mais dans la foulée, les Eléments français au Sénégal (EFS) sont créés. Mais pour calmer ceux qui y auraient vu un simple changement d’appellation, on s’était empressé de dire de cette nouvelle création que c’est « un pôle opérationnel à vocation régionale ». La France avait alors crié à la « décolonisation militaire du continent », dans la mesure où l’ancienne métropole ne disposait plus que de deux bases repositionnées : Djibouti et Libreville.

Mais quelques mois après, la même France a réalisé que, dans le contexte de la ruée effrénée vers l’Afrique, c’était certainement une erreur stratégique que se « désengager ». La première occasion de revenir par la grande porte est offerte par la fameuse crise post-électorale ivoirienne. Présentant Gbagbo comme le diable qu’il faut tout de suite punir, la France fait des pieds et des mains pour y envoyer le contingent Licorne. Depuis, les soldats y sont toujours.

Ensuite, la seconde occasion se présente avec les premières contestations de Kadhafi, dans la dynamique des révoltes du ‘’printemps arabe’’. Là aussi, Sarkozy fait dans l’activisme diplomatique et réussit à embarquer les Nations unies. Pour lui, c’est l’occasion d’abattre le guide et, partant, de créer le besoin de la présence militaire française. La stratégie est d’autant plus payante que la suppression de Kadhafi laisse la Libye dans le chaos et l’anarchie totale. Deux entités profitent de la chienlit qui s’installe : Les firmes occidentales qui pompent le pétrole et les terroristes islamistes qui peuvent faire régner la terreur.

Mais en réalité, cette seconde entité est un pion qu’on utilise à son insu. On lui laisse la liberté de foutre le bordel, en lui donnant l’impression qu’elle échappe à tout contrôle. Alors qu’en réalité, tel n’est pas le cas. On veut juste que les Jihadistes, par certaines de leurs actions, justifient l’intervention de l’occident en général et de la France en particulier ! C’est ainsi que Serval a vu le jour.

Et l’Union africaine… ?

On se souvient que la France avait fait mine de n’avoir pas envie d’intervenir. Elle s’était même fait prier. Mais, par la suite, la date du départ a été sans cesse repoussée. La même mise en scène a engendré l’opération Sangaris. Et aujourd’hui, au lieu de plier bagages, les troupes françaises s’installent pour la durée, à travers ‘’Barkhane’’. Avec en prime le fait que ce n’est plus un seul pays qui est occupé, mais une région bordée par une dizaine d’Etats africains. Malheureusement, les élites africaines, au lieu de s’en préoccuper, s’en inquiéter, adressent plutôt leurs remerciements à François Hollande !

 

Savez-vous que  ''barkhane'' est un "mot féminin d'origine iranienne désignant une dune en forme de croissant, au profil dissymétrique, progressant par les pointes en fonction de l'orientation des vents''.  Ceux qui ont ainsi baptisé cette opération française, sont certainement bien inspirés et suivront à n'en pas douter les choses selon la direction des vents !

 

Mais, et l’Union africaine dans toute cette affaire ? Quelles stratégies alternatives a-t-elle ? Quelle vision géopolitique ?

A la veille du grand sommet franco-américain de Washington, la France ne pouvait certainement pas mieux espérer, pour dire à l’Oncle Sam et à tous les autres concurrents réels et potentiels qu’elle est encore bien présente sur les terres africaines tant convoitées, et que sa zone d’influence s’élargit.

L’islamisme et le terrorisme sont là comme pour tout justifier…

Boubacar Sanso BARRY pour GuineeConakry.info

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