
Ansoumane D.CONDE: je vous remercie de me donner la parole pour pouvoir m’exprimer autour de ce ballet, de ses projets ; ce qui est une très très bonne chose...C’est vrai que je prends les charges de cette troupe à un moment extrêmement difficile, du essentiellement aux décès successifs des trois directeurs précédents à savoir, feu Francis Magloire CAMARA, M. Coumbassa Ibrahima et le troisième dont j’ai malheureusement oublié le nom. Ces trois décès ont plongé le Ballet Djoliba dans une profonde crise ; d’abord administrative mais aussi, dans une crise d’activité.
Voila , aujourd’hui j’ai l’honneur d’être nommé par M. Fodé soumah Ex- Ministre de la Jeunesse des Sports et de la culture pour redresser le Ballet National Djoliba ; procéder à la relance de cette troupe aux plans national et international.
GCI: justement, quel est votre plan d’action pour y arriver?
ADC: Disons que mon plan d’action s’étale sur trois ans. Mais, dans l’immédiat la première action que je suis entrain de mener, après avoir procéder à la restructuration du Ballet, j’ai essayé de mettre en place un ensemble de solutions pour pouvoir sortir de cette crise.
Une de ces solutions a été le renouvellement du répertoire du Djoliba parce qu’il faut comprendre que toutes les créations de ces cinq à dix dernières années, c’étaient une sorte de melting pot de toutes ces créations de 1964 à 1994.
Donc à mon arrivée, sans rejeter toute le travail fait par mes prédécesseurs je me suis dit que je sursois d’abord à toutes ces créations, que je compte reprendre dans les prochains mois, ce sera pour la saison 2007-2008 ; je commence une nouvelle création chorégraphique musicale inspiré du Roman "SAFRIN" de Mr .Lamine CAMARA, ancien Ministre de la Fonction Publique et des Affaires Etrangères.
Je trouve que c’est une œuvre extrènement importante, faite sur le mandingue.
Voyez vous, ce qui nous manque nous jeunes africains d’aujourd’hui, c’est la connaissance de notre culture. C’est le travail de mémoire que je suis entrain de faire et cette œuvre de Lamine CAMARA se prête très bien à cette démarche.
GCI: Le ballet Djoliba comprend assez d’acteurs et je crois comprendre que le spectacle que vous préparez nécessite de gros moyens.
Avez-vous alors les moyens de votre politique?
ADC: Disons que les premiers moyens que nous avons sont ceux qui sont à notre portée déjà.
C’est le talent des artistes, leur engagement, leur motivation. Maintenant sur le plan matériel et financier il faut reconnaître que nous sommes confrontés à des grands problèmes ; mais c’est là où moi, en dehors de tout ce qui est création artistique, intervient.
C’est l’aspect administratif, c’est essayer de trouver les voies et moyens pour acquérir les ressources nécessaires à cette création.
J’ai monté un dossier de financement que j’ai dispatché à des potentiels partenaires.
GCI: À propos quelle est votre stratégie en vue de réunir les fonds nécessaires?
ADC: Pour réussir les fonds nécessaires à cette création, j’ai commencé par monter un dossier de financement qui comprend la note d’intention, le contexte dans lequel évolue actuellement le ballet Djoliba.
La situation dans laquelle vit le Ballet, une situation du reste, extrènement difficile.
Donc, j’essaye de promouvoir une œuvre et son auteur à travers une création et son oeuvre mais, ce sera aussi l’occasion pour moi de rayonner sur les établissements scolaires et universitaires.
Dans ce même dossier, j’ai évalué nos besoins, j’ai précisé le calendrier et j’ai monté un budget qui se chiffre à 72.500.000 francs guinéens.
Voila ce dossier je l’ai distribué dans toutes les grandes entreprises de la place. Pourquoi les entreprises privées? Et bien c’est parce que l’Etat je le sais traverse en ce moment des difficultés financières comme beaucoup d’autres pays d’ailleurs.
Puisque je sais également qu’en guinée les entreprises privées sont extrènement portées sur l’action culturelle et artistique.
Je me suis dit que je respecte cette démarche d’aller vers elles demander leurs soutiens et je pense qu’elles n’hésiteront pas à nous aider parce qu’il s’agit d’un ballet national.
C’est déjà très bien pour ces entreprises privées comme positionnement, par rapport à l’Etat Guinéen de montrer qu’elles ne sont pas là que pour faire des profits mais, qu’elles sont aussi préoccupées et impliquées dans le développement culturel de la nation.
GCI: vous disiez tantôt que l’Etat Guinéen traverse des moments difficiles au plan financier. Mais curieusement lorsqu’il s’agit de football, on sort l’argent de partout comme par miracle, alors qu’est ce qui fait que la culture est reléguée au second plan?
ADC: Ecoutez, c’est vrai que le football est très dynamique dans le monde entier mais encore, c’est un secteur qui bénéficie de l’appui des médias, des grosses entreprises, parce que le football est devenu un business très lucratif. On forme des joueurs dans des centres et un peu plus tard, on les revend très cher, à des clubs. Vraiment, l’homme, le talent est devenu une marchandise aujourd’hui.
Je ne vois pas derrière une volonté du Ministère de la Jeunesse et des sports de favoriser le football. A mon avis, il faut reconnaître aussi que la fédération guinéenne de football reçoit une subvention de la FIFA , je ne sais pas exactement combien ; il y a aussi que le football est devenu une grosse affaire, aucune entreprise ne lésine sur les moyens pour le football. Il y a par exemple les droits de retransmission télévisée .Bref, il faut désormais associer ce sport à la politique,à l’argent.
C’est devenu carrément un bien marchand , ce qui n’est pas encore le cas de la chose culturelle car certains pensent que l’activité culturelle est non productive ; cela relève de l’ignorance.
La vérité c’est que ceux qui parlent de la chose culturelle et artistique oublient les enjeux de la culture.
La culture comporte plusieurs dimensions à savoir, la politique, l’économie, le tourisme.
Ce que nous avons appris, c’est de présenter le projet de façon à ce que plusieurs partenaires puissent y trouver leurs comptes ; pour revenir à votre question, disons que de 1958 à 1984, ça été la grande révolution culturelle avec l ‘appui de l’Etat.
De 1984 à 1999, nous avons eu la chance d’avoir un directeur national de la culture, M.Bailo Téliwel DIALLO et un directeur national des arts, Mr Siba Fassou, qui se sont appuyés sur les acquis de la Première République pour les valoriser, monter des projets, prendre des initiatives, avoir de la créativité pour des formations, des diffusions, etc.…..
On a vu de 1984 à 1999 ça été, avec l’avènement de la deuxième République l’ouverture de la Guinée sur le reste du monde. Je vous cite quelques exemples:
La Biennale Internationale de percussions en 1998, c’était avec Telliwel DIALLO et Ghislain Merand, ensuite il y a eu la construction du centre culturel Franco-Guinéen. Je dirais pas que c’est lui qui a assuré le financement mais, il était derrière ce projet.
La création des Percussions de Guinée, il y avait aussi Circus Baobab et tant d’autres choses ; Telliwel DIALLO et Siba Fassou ont valorisé tout cela.
En 1989, on a connu la création, avec un statut juridique, de la troupe nationale de théâtre qui après un mois de formation avec l’Honorable Ahmed Tidjani CISSE est allé en France raflée devant de très grands Compagnies théatrales le Becker d’Or.
C’est vous dire que le problème n’est pas au niveau du Ministère mais plutôt de la Direction Nationale de la Culture.
C’est sa capacité à innover, sa capacité à initier et proposer des projets,à animer l’espace culturel guinéen qui peut faire que l’Etat se dira qu’on peut investir sur quelque chose de porteur.
Je pense que la responsabilité incombe d’abord aux artistes mais, tant que nous avons des affairistes dans le secteur culturel ; tant que nous avons des gens qui ont pour démarche de diviser, d’opposer des artistes parce que c’est cela leur fonds de commerce ; tant qu’on aura des gens qui font des artistes des bêtes de somme, qui les exploite à la faveur de leur position administrative, pour se faire une image et de l’argent, je crois qu’on ne s’en sortira pas!
C’est cela la réalité du secteur culturel guinéen aujourd’hui.
En tout cas, je suis pour un débat sur la problématique de la création d’un Ministère de la Culture en Guinée. En tout état de cause les quatorze années de M. Télliwel DIALLO à la tête de la Direction Nationale de la Culture ont été très fructueuses ; de même que les années passées à la tête de la Direction Nationale des Arts par Mr. Siba Fassou .Ce sont deux hommes qui se sont réellement impliqués à leurs propres dépens. Moi je regarde les faits ; je ne juge pas la vie privée des gens. Je suis dans l’action culturelle depuis 1976, quand j’étais encore élève au Lycée 02 Octobre. Je sais donc de quoi je parle.
GCI: le 08 Décembre prochain est pour vous un défi car ce sera le lancement au CCFG, de votre interprétation de "SAFRIN" l’œuvre de Lamine KAMARA. Comment s’annonce ce spectacle tant attendu?
ADC: Sincèrement, ça se passe très bien, en ce sens qu’entre les artistes du ballet national Djoliba et moi-même, ça été une rencontre heureuse. On ne s’y attendait pas mais, dès la première minute on a su qu’on était faits pour travailler ensemble, pour progresser ensemble.
Le 08 Décembre déjà, le centre culturel Franco- Guinéen a accepté de prendre le spectacle pour une représentation. Si les choses se passent très bien, nous comptons entreprendre une sortie nationale avec cette pièce parce que nous sommes mandatés par le Ministère de la Jeunesse , des Sports et de la Culture , pour assurer son ascension aux plans national et international.
Nous allons présenter notre travail à ceux qui nous ont mandaté pour qu’ils sachent le travail que nous avons fait et l’apprécient.
Dans le projet global, nous sommes pratiquement à 1h de spectacle sur un total de 90 minutes ; donc je pense que nous sommes très avancés et tout se passe bien. N’eut été le ramadan on aurait déjà fini. Là, on est entrain de faire les derniers réglages, les costumes ; grâce à l’aide du CCFG et certaines entreprises nous avons pu acheter du matériel.
Ça c’est pour la représentation du 08 décembre après, j’envisage de faire 16 autres spectacles 6 à Conakry dont un au palais du peuple sous l’égide de mon Ministère de tutelle et 5 dans les 5 communes de la capitale. Je prévois 10 spectacles à l’intérieur du pays qu’on ne doit pas du tout négliger.
GCI: En conclusion, face à cette perspective avez-vous un appel à l’endroit du public, des mécènes et des autorités?
ADC: Ce que je peux dire à tout le monde, c’est que ce sera une très, très grosse surprise.
Que DIEU nous donne la longévité, la santé et les moyens pour vivre ces moments qui vont arriver.
On est très ambitieux, très motivé, nous sommes entrain de faire un travail collégial, c’est quand même une première et chaque artiste se sent impliqué responsabilisé, créateur. Chacun s’investit à fond, apporte son idée, sa sensibilité.
Il faut dire aussi que le Roman"SAFRIN" nous a énormément aidé, nous tenons donc à remercier Mr Lamine KAMARA son auteur.
J’attends surtout le public universitaire et scolaire car, je sais que le roman est au programme d’enseignement. Ce sera l’occasion de voir une œuvre littéraire montée en pièce théâtrale. C’est tout une démarche, tout une réflexion à mener…….Nous attendons des autorités et des entreprises encore plus de soutiens et confiance.
Je vous remercie!
Propos recueillis par Usman Barry pour GuineeConakry.info




















