
Dans ce branle-bas médiatique, l’audition en tant que telle du capitaine Dadis n’est pas certainement l’information fondamentale. Cette dernière est plutôt à rechercher ailleurs. Pourquoi, par exemple, les autorités nationales ont-elles voulu outrancièrement communiquer dessus ? Parce que c’est bien de cela dont il s’est agi.
Faudrait-il rappeler au passage que pour les autres personnalités qui ont été entendues dans ce dossier du massacre du 28 septembre, il n’y avait eu aucune communication relative à leur audition. Seule l’inculpation formelle faisait l’objet d’un communiqué de presse qui, plus est, était souvent co-signé par la FIDH et l’OGDH, constituées parties civiles.
Avec le cas Dadis, tout est différent. C’est tout d’abord quelqu’un, suivant un plan de communication savamment monté, s’est fait passer pour un informateur anonyme pour distiller les premières bribes sur l’audition de Dadis. Ensuite, jouant au représentant d’une institution judiciaire guinéenne mise devant le fait accompli, le porte-parole du ministère de la justice devait confirmer la nouvelle.
Ibrahima Béavogui prend bien le soin de préciser que son intervention relève d’un cas exceptionnel, car selon lui, dans le système germano-romain, « l’instruction est secrète ». Quelle histoire ? La question est alors justement celle de savoir ce qui confère à ce dossier son caractère exceptionnel. Question logique dans la mesure où même le ministre des Affaires étrangères s’est emparé du sujet pour brandir l’audition de Dadis comme preuve de la volonté des autorités guinéennes de conduire le dossier du 28 septembre à son terme.
En fait, l’explication du caractère exceptionnel de l’audition de Dadis semble résider dans cette justification implicite mentionnée par le ministre François Fall. Le gouvernement a cherché à brandir l’audition de Dadis comme un trophée. En réalité, ce n’est pas l’audition de Dadis, qui est exceptionnelle en tant que telle ; mais c’est qu’elle intervient à un moment où les autorités avaient visiblement besoin d’un argument à opposer à la pression émanant de la Cour pénale internationale.
Une pression qui s’est particulièrement accrue avec l’activisme dont a fait preuve, ces derniers temps, l’ancien président de la Transition, le général Sékouba Konaté. En voyant que ce dernier, muni de ses deux fameuses listes des auteurs et commanditaires du massacre du stade du 28 septembre, était relativement pris au sérieux par les responsables de la CPI, les autorités se devaient de prouver qu’elles aussi, ne chôment pas.
C’est ainsi qu’au risque de violer le secret de l’instruction, elles sortent l’argument de l’audition du capitaine Dadis. La presse est parcimonieusement utilisée comme croix de transmission du message. La destination ultime étant la CPI en général, et le bureau de la Gambienne, Fatou Bensouda, en particulier.
Ce scénario est d’autant plus plausible que l’audition en question remonte en réalité au mois de février dernier. Ceux qui ont véhiculé l’information sont les premiers étonnés, quand le capitaine a révélé la date à laquelle il a été entendu. Implicitement, ils ont dû se rendre compte de la ‘’supercherie’’. Mais entre-temps, le gouvernement, lui, avait visiblement atteint son objectif.
Fodé Kalia Kamara pour GuineeConakry.info




















