Ari Toubo Ibrahim, représentant résident de FAO en Guinée: « Il faut faire confiance aux paysans »

Au bout de sept années de collaboration avec les paysans guinéens, les cadres et autres autorités dans notre pays, le nigérien Ari Toubo Ibrahim, jusque dans un passé récent, représentant résident de l'organisqtion des nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) vient d’être muté en Haïti, pour la même mission. Il vient de quitter la Guinée, avec selon ses propres termes, un sentiment de chagrin. Il a accepté de se prêter aux questions de notre reporter…Entretien.

Guineeconakry.info: Monsieur le représentant résident de la FAO. Vous devez quitter définitivement la Guinée pour un autre pays, après sept années d'exercices de votre mission au service des paysans guinéens. Vos sentiments?

 

Ari Toubo Ibrahim: Ce sont des sentiments naturels de toute séparation, l'émotion et le chagrin. Mais aussi de la consolation eu égard aux différents témoignages de reconnaissance que nous avons enregistrés. Toute séparation, dis-je, est marquée d'émotion. Parce qu'on perd toujours quelque chose. Parce qu'on se sépare d'un ami, des personnes aimables, très affables avec lesquelles vous avez travaillé des années durant et le chagrin de laisser tous ceux-ci. C'est cela aussi la loi de la nature. Et, c'est cela également la mission onusienne. Vous avez pris part aux différentes cérémonies organisées à l'occasion de mon départ. Toutes choses qui sont de nature à m'encourager. Comme je l'ai dit dans mes interventions corroborées par les propos du ministre de l'agriculture, je suis un ancien de la Guinée. J'ai eu l'avantage de visiter ce beau pays en 1982 dans un cadre officiel et au compte de mon pays le Niger où j'étais ministre du développement rural. A l'issue de cette visite, j'ai été gratifiée de très hautes distinctions de la Guinée. Me mettant ainsi dans l'embarras. Parce que je me disais comment pourrais-je rendre à ce pays la réponse d'une telle distinction honorifique. Dieu faisant bien les choses, j'ai eu l’opportunité de travailler pour la FAO et d'être affecté où j'ai trouvé un cadre propice de vie et de travail. Le résultat que j'ai acquis ici est celui de toute une équipe. C'est le travail de tous les répondants. Parce que si vos collègues ne vous accueillent pas comme il faut, vous n'avez aucune chance d'avancer. J'ai trouvé en place beaucoup d'estime, de compréhension. Si fait que très souvent, nous avons foulé au sol les règles protocolaires pour rechercher l'efficacité. Cela aussi bien avec les ministres que les chefs de cabinets et les secrétaires généraux. Tout ceci me reste donc comme des souvenirs inaltérables par rapport aux relations que nous avons eu ici en Guinée.

 

GCI:Je n'ose pas vous dire de faire un bilan de votre séjour en Guinée. Cependant, je crois que vous avez dû poser les jalons pour le développement futur de la Guinée?

 

ATI: Effectivement je l’ai dit aussi. Le bilan suppose une balance à faire sur deux plateaux. Si d’un côté nous essayons de mettre les programmes, les ressources mobilisées, de l’autre on ne saurait que mettre. Nous qui vivons sur le terrain, savons que cet autre plateau sur le plan caritatif pèse plus lourd. C’est en fait ce que j’ai commencé par vous dire. C’est bien cette adoption dont j’ai bénéficiée en Guinée. Parce que les gens n’ont jamais fait la différence entre ma fonction et le citoyen que je suis. Souvent on m’a assimilé à un guinéen. Parce que tout simplement pour nous en tant qu’africain, il n’ y a pas de barrière. Cependant quoi qu’on dise, nos missions se traduisent par quelques résultats sur le terrain. Par rapport aux quatre mandats de notre organisation.

Le premier mandat est le centre mondial sur l’agriculture, l’élevage, la pêche et les ressources naturelles. De ce coté, nous pouvons dire que la Guinée est à jour au niveau des annuaires de la FAO. Et ça c’est un travail qui revient à la représentation par la réclamation, le suivi des statistiques. Pour les pays qui ne disposent pas d’informations, de statistiques, on met non disponible. C’est pénalisant pour ces pays. Ce sont les annuaires que tout le monde utilise dans le monde. Qu’ils soient publics ou privés, ce sont des annuaires que les acteurs utilisent s’ils veulent investir dans un pays. Nous avons quand bien avisé toutes les administrations avec lesquelles nous travaillons. En leur disant que si elles ne fournissent pas les données à jour, c’est pénalisant pour le pays. J’avoue que nous partons rassuré avec une sorte de réflexe à satisfaire à ce niveau, à remplir ce tableau que nous envoyons.

Le deuxième mandat se situe dans le domaine de la coopération technique. A ce titre avec nos moyens limités, nous répondons aux sollicitations du gouvernement. A la fois dans le domaine de formulation de ces législations que dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage et des normes de qualité. Sur chacun des domaines, nous avons pu obtenir non seulement l’intéressement, mais aussi, la confiance pour accompagner le gouvernement. Nous nous sommes impliqués dans l’élaboration du schéma directeur de vulgarisation, dans la revue d’un certain nombre de secteurs et des ressources naturelles. Nous avons toujours été associés à la l’agriculture urbaine et périurbaine. Tous comptes faits, nos villes grouillent de personnes sans emplois et sans perspectives d’activités. Et, là nous avons eu à conduire les actions pilotes de l’agriculture périurbaine et urbaine. Parce qu’il s’agit là pour nous d’un ballon d’oxygène dans tous les pays du monde. Il ne faut jamais que l’on oublie que l’agriculture doit être également urbaine. Il ne faut que l’on se leurre là-dessus,il existe dans les villes des espaces qui doivent être mis en valeur. Dieu faisant bien les choses, on peut joindre l’utile à l’agréable. Non seulement il y a la beauté et l’oxygène dans la ville, mais aussi il y a une provision alimentaire permettant aux populations de satisfaire à leurs besoins. Sans compter que ça crée de l’emploi.

Toujours dans le domaine de l’assistance technique, c’est l’élaboration de la stratégie nationale pour la sécurité alimentaire. La Guinée dispose pour cela des documents d’orientations qui s’étendent jusqu’en 2015, par rapport bien entendu aux engagements nationaux lui permettant avec des programmes une fois finalisées d’impliquer tous les partenaires. Parce que la FAO n’a pas en tant que tels des programmes propres à lui. Elle accompagne le gouvernement. Le programme national de la sécurité alimentaire que nous prônons consiste à faire que tous les partenaires de la Guinée l’accompagnent. Il s’agit de faire en sorte que les 303 CRD de la Guinée aient chacune son plan de développement selon sa spécificité. Dans certaines CRD la riziculture, dans d’autres le mais culture, le petit élevage, la pêcherie ou autres l’agriculture dans d’autres aussi. Les populations connaissent leurs atouts, leurs prédispositions.

Pour revenir à la politique agricole, elle a été adoptée et formalisée et rendue publique par un arrêté du premier ministre. Et nous nous en réjouissons. Je ne veux pas m’étendre, outre mesure, nous avons participé à l’élaboration de la statistique agricole. C’est un exercice qui se fait tous dix ans. Ainsi nous avons vu l’exercice qui a abouti au recensement des années 2000 qui permet à la Guinée de préparer pour celui qui doit se faire dans trois ans encore. Là, il y a un travail à faire pour que la Guinée soit à jour. Les autres mandats concernent notre agence de développement qui a des relations avec les institutions de financement. Que ce soit la banque mondiale, la BAD ou le FIDA. Il y a une de nos sections qui reste à leur disposition pour identifier avec le pays les projets d’investissement. Nous faisons la coopération technique, l’introduction de la technologie, la préparation du schéma directeur, la formation….Mais quand il s’agit de gros investissements, ça c’est une autre paire de manche, nous intervenons bon an mal an à hauteur de 100 mille, 200 mille dollars jusqu’à un million pour le siège. De l’autre coté, il faut des montants beaucoup plus élevés. Les institutions de financements nous sollicitent pour la définition et l’identification des programmes d’investissements. Le quatrième mandat, c’est une tribune où tous les gouvernements viennent avec leurs plénipotentiaires prendre des engagements au nom de leurs pays. Evidemment notre institution est intergouvernementale. C’est le gouvernement qui la finance au prorata de sa situation. Ainsi donc la Guinée a participé à toutes les instances de décision. Et, à ce titre, à une législation qui s’est bien inspirée des normes internationales. Que ce soit dans le domaine de l’alimentation, de qualité des produits ou même des conventions de Stockholm ou encore de Rotterdam en ce qui concerne l’environnement. Tout cela ne peut donc être le travail d’une personne. C’est le travail au niveau de mon bureau et des différentes structures de l’administration centrale. Mais aussi des ONG parce que nous travaillons aussi avec la société civile. Chacun envoie le message au gouvernement pour que le pays soit à jour du coté de ses engagements internationaux. Nous nous réjouissons aussi des perspectives. Parce que nous avons bénéficié là aussi de la confiance pour notre expertise. Pour accompagner le gouvernement dans le secteur de l’environnement, nous avons signé une convention dans le cadre des programmes forestiers nationaux pour trois ans. Ces activités doivent conduire à la fois à la réglementation en la matière et à l’élaboration des programmes beaucoup plus hardis en matière de gestion des ressources naturelles. Il en sera de même, je l’espère, dans le domaine de gestion des ressources en eau. L’exercice a même commencé. Parce qu’il y a deux semaines, le ministre de l’agriculture a rencontré le secteur privé. Ils se sont dits beaucoup de choses. Et, au rythme où vont les choses, nul ne saurait deviner jusqu’où iront les prix des denrées. C’est pourquoi je pense qu’il faut investir dans l’agriculture pour la sécurité alimentaire. Il faut également faire confiance aux paysans. Ils ont des connaissances transmises de génération en génération qu’on ne peut substituer par des théories. Il faut leur faire confiance et leur amener à travers les CRD à présenter leurs solutions à leurs propres problèmes. Ils le savent mieux que quiconque. Il y a des contraintes qui leur dépassent en matière d’équipements, de rendement pour lesquelles on peut les accompagner. Et, en ce sens, il y a beaucoup de CRD qui sont opérationnelles. Et qui augurent des lendemains meilleurs. Le changement va forcément venir.

 

GCI: Quels conseils donneriez à celui qui va remplacer?

 

ATI: Il faut dire que l’administration est une continuité. Mon siège m’a demandé de rester une semaine avec mon collègue pour une semaine. Il faut faire une passation de service dans les normes. Et, il n’y aura vraiment pas de hiatus. Il sera là assez tôt et nous avons même l’occasion de travailler pendant une semaine avec lui. J(aurais l’occasion de voir ce que lui-même a glané comme informations au siège et au bureau régional avant de rallier Conakry. Mais c’est évident que nous avons ouverts des chantiers qu’il faut achever.

 

GCI: Quelles sont alors les priorités du paysan guinéen selon vous?

 

ATI: Quelle que soient les conditions agro géologique, je crois que l’on ne peut à partir de quatre mois de travail couvrir les besoins alimentaires de douze mois. Il faut le plein emploi. Il n’y a pas d’autres secrets. Il faut que les paysans travaillent toute l’année durant. Ils peuvent se reposer un mois ou deux à la rigueur, puis se remettre au travail. Pour cela ils ont besoin d’être aidés.

 

GCI: Que conseilleriez-vous en outre au gouvernement?

 

ATI: Le gouvernement vient d’approuver deux documents très importants dont le premier porte sur la stratégie nationale de sécurité alimentaire. Il s’agit là des orientations et des activités prioritaires à mettre en pratique. De l’autre côté il s’agit de la politique nationale de développement agricole Vision 2015. En rapport avec les engagements internationaux. Il n’y pas une formule standard pour tous. Chaque contrée à ses spécificités, ses atouts et ses potentialités. Ce qui voudrait dire que les chantiers sont ouverts également au niveau du gouvernement. Gardons tout de même l’espoir que tout finira par aller un jour. Surtout que la Guinée commence à relancer ses relations avec les institutions internationales de financement. La banque mondiale et le FMII qui ne tarderont plus à avoir un programme formel avec la Guinée. Afin que le pays soit élu à l’initiative PPTE.

 

GCI: Je vous remercie…

 

ATI: C’est à moi de vous remercier. J’apprécie votre disponibilité. Vous êtes un partenaire fidèle, régulier dans la lutte contre la malnutrition et la faim. Vous avez été reconnu par les plus hautes autorités de ce pays dans le cadre de la campagne de la journée de Telefood le 16 octobre dernier. Ont été reconnus, ceux qui ont contribué avec l’espèce trébuchante et sonnante pour financer les projets. Mais aussi ceux qui ont fait le travail d’information, de sensibilisation et de conscientisation et vous faites parti des plus réguliers dans l’accompagnement du programme. Ça vous a valu un diplôme d’honneur. Une fois de plus je vous remercie et vous exhorte à persévérer dans ce sens.

 

K.KOUROUMA,Guineeconakry.info

Recherche

Suivez-nous

GUINEE: Petit KANDIA "Birin Moulan"



  • Le célèbre chroniqueur est au cœur d’un bras de fer avec Mamadou Blaise Sangaré, conseiller spécial du Chef de l'Etat. Votre site avait relayé cette affaire portant sur des propos diffamatoires attribués à Ras Bath. Ce début de semaine mettra aux pr

Annonce