
Dans l'avant - dernière livraison de Gnouma Magazine, nous vous proposions l'entretien alléchant que nous a accordé Sékouba Kouyaté, voici la suite et la fin de l'entretien au cours duquel l'artiste a bien voulu nous parler de sa carrière, de son épouse et de ses projets.
Quand tu jettes un regard sur ton parcours, penses - tu qu'il est positif?
Oui! Grâce à Dieu, aux bénédictions des parents et aux personnes de bonne volonté on dispose de petits moyens pour travailler. On a des moyens de transport, du matériel, une agence de spectacle « Nabaya World Music », une maison de production « La voix de l'Afrique » etc. Je pense que c'est un bilan nettement positif. On est sur le chemin. Tout va bien par rapport au passé. On évolue avec les moyens de bord.
Dans ton dernier album tu as parlé ouvertement de tes détracteurs qui te disaient prisonnier aux USA. Peux-tu éclairer notre lanterne?
Un jour où j'ai reçu un coup de fil d'un ami qui travaillait dans les médias. Il avait l'habitude de venir à la maison et de m'interviewer. En lui répondant, j'étais tellement content que j'ai oublié de lui demander qui lui avait remis mon numéro. Il me dit: « Sékouba, il y a des rumeurs qui courent autour de ta personne à Conakry. Est-ce que tu peux donner des informations pour les démentir? » Quelques vingt jours après, on m'appelle pour me dire qu'un journal est sorti à Conakry titrant que Sékouba a été arrêté aux USA dans une affaire de drogue. J'ai dit: « Wow! What is that? Ça c'est quoi? » J'ai cherché la source et en fin compte, j'ai vu que cela provenait du jeune qui m'a appelé, lequel écrivait pour un journal. Certains amis m'ont conseillé de revenir au pays puisqu'on veut salir mon nom. C'est ainsi que j'ai appelé mon grand frère Docteur Mamadou Kouyaté, l'aîné de notre famille. Ce dernier aussi m'a conseillé: « Sékouba si tu abandonnes ton travail pour venir ici maintenant, tes détracteurs auront gain de cause. Continue ton travail, c'est ton travail qui va leur répondre. » J'ai dit OK. J'ai essayé donc de dire l'essentiel dans le morceau « Körössi ». J'ai rassuré aussi mes fans en disant que je ne vais jamais me détourner du chemin de la musique, la vocation de mon père, de mon grand-père, de ma descendance. Nous sommes des gens libres.
A ton retour, as-tu su qui étaient à la base de ces rumeurs?
Oui, je les connais tous maintenant. Mais vous savez, moi je suis musulman et je suis issu d'une grande famille. Ces détracteurs si je dois les combattre à mon tour, c'est peut être possible. Combattre et vaincre ne fait pas de vous forcément un homme fort. Un homme fort est celui qui tolère, écoute les gens, et accepte les bons conseils. Moi j'accepte et tolère. Tous les hommes qui ont connu une certaine célébrité ont été victimes de diffamation. Cela n'a pas commencé par moi. Je veux simplement dire que la vie ne se gagne pas dans la fausseté. Il faut être crédible dans la société. Ma mère me disait: « Sékouba, ne force jamais les gens à t'aimer. Mais force-les à te faire confiance, à te croire. »
Aux USA tu portais d'ailleurs des dreads?
Les USA, c'est un autre monde. Je suis un pont entre la génération de mon père, la mienne et celle du futur. Aux USA, je n'ai fait que m'adapter à cette société. J'aimais beaucoup ce look avec des dreads. Mais ma source voudrait tout autre. Ce qui a fait que dès mon retour en Guinée, je me suis encore réadapté à la culture de ma source.
Ça peut revenir?
A cause du fait que nous avons commencé à faire des enfants, il faut se montrer plus responsables en donnant l'image d'un bon père de famille.
Ton union avec Sona Tata a fait couler beaucoup d'encre et de salive'?
Je remercie mes parents, amis, alliés qui se sont battus pour montrer que la famille Kandia est une famille d'honneur. Ils ont prouvé aussi à celle de mon épouse que si nous sommes allés vers elle, c'est parce qu'elle est également une famille d'honneur. Nous avons aujourd'hui deux enfants et je remercie la mère et les frères de Mme Kouyaté. La vie des artistes n'est pas facile. Raison pour laquelle nous fouillons avant de faire notre choix. Dieu merci, là où j'ai choisi, c'est dans ma famille aussi. La famille de Morisandan (son beau-père NDLR) est une famille maternelle. On nous a bien encadrés et je salue le frère de Sona Tata. Nous sommes de jeunes artistes et souvent, nous avons la folie de grandeur, la folie de jeunesse. Mais les relations dans ma famille et avec mes beaux-parents sont au beau fixe.
Quel genre de père de famille es-tu?
Nous sommes patients, croyants et pas ambitieux. L'éducation que j'ai reçue de mon père et celle que ma femme a eue de ses parents, nous le mettons ensemble pour nos enfants. Je fais correctement mon devoir et elle aussi. Nous avons des intérêts communs, à partir du moment où nous sommes mariés. Nous voulons que nos enfants réussissent plus que nous. Nous donnerons la meilleure éducation à nos enfants pour qu'ils puissent aussi être utiles à la Nation.
Etes-vous doux ou exigeants envers eux?
Moi je suis très exigeant parce que mes parents ne m'ont pas toléré. C'est ce qui explique ce que je suis aujourd'hui. Il faudrait que je sois ainsi avec mes enfants. Sona Tata aussi est exigeante mais nous adorons nos enfants. Ce que j'ai visé en Sona Tata, c'est sa culture, son authenticité.
Veux-tu nous raconter tes débuts avec Sona Tata?
En fait ma femme est une cousine. Je me souviens que lors du décès du frère aîné de Sona Tata, je quittais Kankan pour Kouroussa avec mon ami Kallo sur la moto, pour les condoléances. Et dès que j'ai vu Tata, je me suis exclamé: « Voilà ma femme! » En ce moment elle était très petite, faisait la 7ème année et n'avait pas commencé à chanter. A notre départ, elle aussi disait à tous ses camarades que j'étais son mari. Sur le chemin du retour, Kallo a constaté mon long silence et a demandé: « Papi c'est quoi, tu dors? » Je lui ai dit non! J'ai répondu que je me voyais avec Sona Tata, entrain de faire le tour du monde! L'année suivante, quand je suis revenu, je lui ai demandé de chanter et Petit Condé était à côté. Tata avait trop honte de moi. Elle ne pouvait pas passer tant que je suis assis chez eux. Elle était la prototype de la jeune fille malinké timide. Elle m'appelait en ce moment N'körö Sékouba (grand frère Sékouba, NDLR). Elle était très sage. Un jour je l'ai forcée à chanter avec moi. Quand elle a entonné « Djandjo », j'ai dit haan! Je lui ai demandé de venir à Conakry pour les vacances. Et dès mon arrivée dans la capitale, j'ai conseillé son grand-frère de l'encadrer, parce que voyant en elle une future grande artiste. Entre temps elle vient en vacances à Conakry. Mais sa venue a coïncidé à mon départ pour la France, où j'étais parti peaufiner l'album « Sarama ». Sona Tata est suivie par son grand-frère Djéli Mory et va de répétition en répétition. A Paris, j'apprends qu'elle sort son premier album. Elle était petite et innocente et je débarque à Conakry le jour même de la dédicace pour l'épauler. C'est après tout ce mouvement que j'ai demandé sa main. Son frère m'a dit que c'était une enfant d'abord, qu'elle a seulement vite grandi et de lui laisser le temps d'être mieux encadrée par la famille. J'ai répondu que c'était une bonne raison.
Mais nous on avait appris qu'on avait opposé à ta demande un niet catégorique et qu'il a fallu l'intervention de beaucoup de personnes'?
Oui, beaucoup de personnes sont intervenues. Je vous dis que je suis lié à Tata du côté paternel et du côté maternel. Son père est le petit frère de mon père adoptif. Elhadj Fonissiré Sékou Condé. Morisandan Condé est aussi le petit frère de celui-ci. Ma marâtre, la mère de Kabinet, est la petite sœur de Sona Djéli, celle-là s'appelle Bassira Kouyaté. La maman de Tata et celle de M'Ballou Kanté, sont de même père aussi. Donc, eu égard à tous ces liens, il ne pouvait y avoir d'autres contraintes pouvant faire échouer ce mariage. Les neuf ans de retard du mariage, c'était juste pour la préparer, l'encadrer. Nous sommes des griots, il ne faut que nos mariages soient des feux de paille.
Comptes-tu avoir beaucoup d'enfants?
Attention, le monde est tel aujourd'hui qu'il faut respirer en fonction de la capacité de ses poumons. Nous n'allons pas faire beaucoup'(Ils ont déjà deux garçons NDLR).
Sona Tata t'aime et ne le cache pas. Elle vient de te faire une dédicace à travers son dernier opus qui a plutôt réussi. Lui rends-tu la monnaie?
Notre amour est partagé! Et je pense que je lui rends bien. Je prépare la réponse de Simbo dans mon prochain album. En plus je suis son mari, qu'elle me fasse plaisir, que je bénisse pour elle et ses enfants ou pas, elle a déjà la bénédiction. Parce qu'intérieurement je suis satisfait et honoré. Cette chanson « Simbo » ne m'a pas surpris. Je ne suis pas du genre à avoir la grosse tête. C'est pourquoi au début, j'ai préféré qu'on donne cet honneur à un de mes frères. Mais on m'a dit qu'elle ne fait qu'exprimer ce qu'elle ressent. Mais je me suis tout de même inquiété en disant: « Est-ce qu'on appréciera? » Finalement je me rends compte que la cassette a été bien accueillie sur le marché et la chanson a donné la voie a d'autres femmes d'aimer plus leur mari et de ne pas le camoufler. C'est plutôt positif.
Au mandingue, ce sont les grands chasseurs qu'on appelle « Simbo »'
Non, Simbo, c'est une identité, c'est le titre de la bravoure, du courage, de la richesse, de la connaissance. Il faut être responsable pour être un Simbo.
Donc dans notre contexte, on peut appeler Simbo, tous les maris exemplaires, qui donnent correctement la dépense?
Pourquoi pas! (éclats de rire)
Comment vis-tu ta célébrité?
Dieu, qu'il soit exalté a dit « Je donne mon savoir et mon pouvoir à qui je veux. » S'il te les donne, ce n'est pas une raison de s'affoler, il faut être sobre. J'ignore mon succès. Je ne suis qu'un petit griot avec ma petite famille. C'est le public qui nous grandit. Dans notre tête, nous ignorons ce succès qui est éphémère.
Tu es un vrai maître de la parole, n'est-ce pas?
Ah oui! (Rires) c'est comme ma femme. Sa famille paternelle est « Bélénintigui », famille de la parole. Chez sa maman, elle est « Konkobala » c'est l'art pur. Moi aussi étant fils d'un Sory Kandia, je suis parolier. Tous les griots sont des paroliers.
Le mandingue, ton éducation, l'islam, ta famille, tu y tiens tellement?
C'est simple, nous sommes des musulmans. Partant de Naby Laye Soura Khata notre ancêtre, il a fait la compagne de l'islam pour le prophète Mahomet « PSL ». Il s'est donné corps et âme pour l'islam. C'est à cause de cela que le prophète l'a béni. Le griotisme est sacré! En Occident, les artistes apprennent la musique dans de grandes écoles. Nous, c'est dans la tête et dans le sang. Cette intelligence vient de cette bénédiction que Dieu a donnée à notre grand-père. Si nous prenons le mandingue. Ballafassèke a été témoin occulaire de l'histoire, c'est ce qui est consacré par la Charte de Kouroukanfouga.
Tu as des fans qui sont en majorité constitués des femmes. Sona Tata, ta jeune femme a également beaucoup d'admirateurs. N'êtes-vous pas jaloux l'un envers l'autre?
Nous ne sommes pas jaloux. Je fais tout pour que Sona Tata ait confiance en moi. Depuis qu'on s'est connu, elle n'a jamais vu en moi un comportement douteux et c'est idem de mon côté. Notre métier est aimable, c'est quand il y a la tricherie qu'on peut être jaloux, même si nous sommes faillibles! C'est la confiance qui donne la longévité à l'amour, nous nous aimons et notre union est bâtie sur du roc.
Tantôt on te voit en grand boubou, genre El hadj Sory Kandia, tantôt en veste, bien cravaté ou tout simplement débraillé'
Tout cela relève de l'art. Mon père à vingt-trois ans, pouvait ressembler à un vieux. C'était son look. Moi, je suis entre trois générations, il faut que chacune de ces catégories d'âge se sente avec moi.
Ton dernier mot
Je remercie le bon Dieu, ma famille, mes fans et tous ceux qui nous encadrent. A nos fans nous leur préparons une grosse surprise à travers notre futur album qui s'appellera « Sans motif ».
Pourquoi « Sans motif »?
Il faut aimer la personne que tu veux sans motif, sans aucune condition.
C'est la réponse à « Simbo »?
Je ne vous le fais pas dire, mais attendons de voir!
Donc ça va barder?
C'est très grave puisque Tata chante là-bas en anglais et en français. Nous lançons par-là un message de paix pour l'Afrique.
Ton message pour nos lectrices?
Les femmes de Guinée sont très attachées à leur culture, à leur vocation. J'aimerais qu'elles continuent sur cette voie car elles sont exemplaires. Je les adore, ma femme les aime aussi, alors salut et merci à toutes! (Rires).
Propos recueillis par Abdoulaye Djenabou Diallo
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