
Pourtant, ce ne fut pas évident. En effet, trois mois seulement après la jambe droite, c’est la gauche qui subissait le même sort. Sans que Talibè et sa famille n’aient la moindre explication. Pour eux, c’est d’autant plus difficile à comprendre qu’il avait largement dépassé l’âge auquel la polio s’attaque souvent aux enfants. N’empêche! Il n’entend surtout pas se laisser faire par ce mauvais sort. Après des consultations infructueuses auprès des services sanitaires environnants, aidé de sa famille, il se rend dans un hôpital à l’époque très réputé de Macenta. Il y demeure environ un an.
« Par moments, je réussissais à me lever et à remarcher », confie-t-il. Mais très vite, il retombait par terre. De sorte qu’au bout d’un certain temps, il se dit qu’il vaut peut-être mieux revenir et accepter son « destin ».
De retour à Mamou et alors qu’il s’interrogeait sur comment conduire désormais sa vie:« J'enttends alors parler du Centre Konkouré ». Des nnées après, il martèle ce moment avec un certain soulagement. Une fois inscrit,et grâce au soutien de certains de ses frères qui intervenaient en garantissant les fournitures scolaires, il fait preuve d’application tant et si bien qu’au bout de seulement deux ans, il avait terminé le cursus de trois ans. C’est qu’il n’avait fait que deux mois seulement en 1ère année, les responsables réalisant qu’il avait déjà un niveau supérieur, le propose pour la 2ème année. En plus de l’application, il fait également montre de réalisme, de sérieux et de responsabilité.
Conséquence, dès après sa sortie, on lui confie la direction du tout premier goupement du Centre. Une sorte de coopérative réunissant d’anciens élèves du Centre et qui confectionnent des articles destinés à la vente. Parallèlement, la direction sortante du Centre Konkouré a décidé de le recruter comme formateur en mécanique!
Finalement, Talibè ne roule pas sur l’or. Mais il n’envisage plus l’avenir avec pessimisme. Il a souvent les habits couverts de la poussière latéritique provenant de la route qui passe devant son atelier; mais très peu de Mamounais le confondent à un mendiant. Et même quand cela arrive :« Je leur dis, si vous voulez m’aider, venez à mon atelier et achetez les articles que nous proposons ».
Quelque part, dans un coin de sa tête, il caresse surtout le rêve qu’un jour ses activités puissent lui donner une réputation nationale et même régionale. En ce moment-là, promet-il, « j’organiserai une très grande rencontre des personnes handicapées en Guinée et des personnes viendront de partout pour qu’on débatte et qu’on décide d’actions à entreprendre pour l’insertion de cette catégorie à part entière de l’humanité ».
Comme on le voit, même si aidé de ses bras, il se traine sur ses fesses pour se déplacer, il a finalement les mêmes ambitions et les mêmes rêves que les personnes « les plus ordinaires ». Or, n’est-ce pas cela l’essentiel?
Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info




















