ALPHA CONDE DANS LE KANKANDE : Encore des sorties contre-productives

Comme obéissant à ce qui s’apparente à un rituel naissant, le président Alpha Condé, après la région de Mamou et l’île de Kassa, était le week-end passé dans la région de Boké. Officiellement, cette nième sortie en direction de l’intérieur du pays devait symboliser le soutien du chef de l’Etat au monde paysan. C’est ainsi que le déplacement était placé sous le signe de sa participation au lancement des travaux de récolte du champ rizicole d’Elhadj Bobo Diallo, président de la Chambre nationale d’agriculture; mais en raison du rendez-vous électoral en perspective, le président de la République en a profité pour renouer le contact avec les électeurs potentiels de la région. Une occasion qu’il a mise à profit pour livrer un discours dont certains aspects sont plutôt difficilement compréhensibles.

Une justice pas que pour les crimes du 28 septembre 

Au nombre de ces aspects de sa déclaration qui font débat, il y a ceux en rapport avec la justice. En effet, à Kamsar, évoquant les massacres du stade du 28 septembre 2009, le président Alpha Condé a notamment affirmé : « J’ai dit aux Blancs (Occidentaux, NDLR) que ce n’est pas que le massacre du 28 septembre qui me préoccupe (…) J’ai dit à ceux qui sont pressés de rendre justice aux victimes du 28 septembre de me laisser tranquille. Je n’accepterai pas qu’on me parle que de ce massacre seulement ». Les partisans du président Alpha Condé, dans une tentative plutôt désespérée de lui venir au secours, arguent qu’il a raison, quand il dit que les crimes du 28 septembre ne sont pas les seuls que le pays ait connus. 

Il n’a certainement pas tort dans sa volonté de rendre la justice aux victimes et à toutes les victimes. Mais qu’a-t-il fait pour qu’il en soit ainsi depuis son arrivée ? Que fait-il des engagements de la Guinée vis-à-vis de la Cour pénale internationale ? Ne vient-il pas ainsi de fournir à celle-ci, la plus éloquente raison de se saisir de ce dossier ?

Me Cheick Sacko, victime de sa "naïveté" ?

Paradoxalement, la plus grande victime de cette sortie du président de la République, c’est son ministre de la justice, Me Cheick Sacko. On se rappelle encore toute la bonne foi que le pauvre ministre avait "naïvement" manifestée lors de l’anniversaire passé de ces horribles événements. Il n’avait certes donné aucune date, mais il a clairement signifié que de tels événements ont inéluctablement vocation à être jugés. Or, avec la déclaration du chef de l’Etat, on a l’impression que ce procès ne se tiendra pas durant son magistère. En tout cas, il ne hâterait le pas dans ce sens.

L’autre prise de position du même président Alpha Condé qui pourrait affliger Me Cheick Sacko, c’est cet autre extrait de son discours : « Quiconque m’insulte sera poursuivi. Ça c’est clair. J’ai beaucoup pardonné, mais en dansant avec un individu, montre-lui qu’il n’est pas le seul sur la piste.» Là, c’est une remise en cause des engagements du ministre de la justice qui, tout récemment, promettait que l’Exécutif ne se mêlerait plus des affaires internes à la justice. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il en aura eu pour son enthousiasme.

La Guinée nourrit-elle vraiment le Sénégal ?

Dans son discours, Alpha Condé est également revenu sur les rapports aigres-doux qu’il entretient actuellement avec le président Macky Sall. Alors qu’il avait profité de sa dernière conférence de presse pour dédramatiser le différend avec le président sénégalais, il a de nouveau tapé très fort dans le sens de l’amertume qui semble l’habiter. Il s’est notamment élevé contre le fait que le Sénégal ait fermé ses frontières avec la Guinée, alors qu’à l’en croire, cette dernière le nourrit. Si l’on met de côté l’affirmation plutôt relative selon laquelle la Guinée nourrit le Sénégal, on se butterait tout de même sur le bien-fondé et l’opportunité d’une telle sortie. 

Même s’il faut toutefois reconnaître que l’effort en faveur de la décrispation des relations, incombe à toutes les parties. Parce que si les dirigeants respectifs ne souffrent pas nécessairement de cette brouille, il en est tout autre des populations de leurs deux pays, au nom et pour l’intérêt desquelles, ils doivent agir. De chaque côté, on devrait donc remettre l'orgueil dans les placards, pour permettre que cette parenthèse regrettable puisse être refermée le plus rapidement possible.

Alpha Condé, une menace pour les investisseurs étrangers

Un autre sujet que le président de la République avait abordé et qui suscite une certaine polémique, c’est la menace qu’il a brandie à l’encontre des expatriés sous-traitants à la CBG. Alpha Condé demande qu’on résilie leurs contrats respectifs, parce qu’ils ont fui le pays en raison de l’épidémie à virus Ebola. Une telle déclaration est d’autant plus inacceptable que le chef de l’Etat lui-même, ces derniers temps, ne jurait que par son désir de faire revenir les investisseurs étrangers. Ignorerait-il que plus qu’Ebola et les manifestations politiques réunis, cette sortie a de quoi décourager ceux qui voudraient venir investir en Guinée ? 

Qui oserait placer son argent dans un pays où le président de la République peut, du jour au lendemain, souverainement décider de l’annulation d’un contrat ? A priori, personne ! Mieux, le président Alpha Condé devrait savoir que s’il lui venait à l’idée de mettre à exécution une telle menace, il se mettrait à dos un public plus large que les simples sous-traitants de la CBG. Car si la vie économique ressent le poids de l’épidémie à virus Ebola, c’est essentiellement parce que les institutions internationales présentes en Guinée tournent au ralenti. Et s’il en est ainsi, c’est parce que bien de responsables de ces grosses boites pourvoyeuses d’emploi et de juteux contrats, ont justement préféré se mettre à l’abri en attendant que la flambée se calme.      

Pivi Bilivogui pour GCI

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