
C’est à se demander si la diplomatie malienne sait bien à quel jeu, elle joue? Cette question, on peut et on doit se la poser après le séjour que Soumeylou Boubeye Maïga a effectué le samedi dernier à Alger.
Le ministre de la Défense y était pour, disent les sources diplomatiques des deux pays, discuter avec son homologue, Lamtame Lamamra, de l’opportunité de relancer la coopération sécuritaire autour de la frontière commune aux deux pays. Si l’on met de côté la subtilité sémantique, on comprend aisément qu’il était question de débattre de la sécurité dans le nord-Mali. En quelque sorte, il s’agissait de la suite des discussions qu’IBK et Bouteflika ont déjà eues autour du même sujet. Sauf qu’entre temps, le roi du Maroc est passé par Bamako. Et qu’à l’occasion, il avait été dit qu’Alger est out. D’autant plus que la venue de Mohamed VI avait été relié avec le déplacement que l’un des barons du MNLA, à savoir Ag Chérif avait préalablement effectué à Rabat.
Comme on le voit, l’approche diplomatique du Mali au sujet de la crise qui continue à le miner manque de lisibilité et de clarté. Or, dans le cas présent, le Mali a intérêt à être conséquent et responsable. L’Algérie et le Maroc n’entretiennent pas en effet des rapports ordinaires. Loin s’en faut. Ce ne sont pas des pays entre lesquels on peut se laisser aller au double jeu que permet la diplomatie. Il est question de faire un choix qu’on doit être capable d’assumer par la suite. Et non faire dans l’à-peu-près.
Cette attitude conséquente, le Mali doit l’adopter pour au moins deux raisons. Tout d’abord, en faisant dans la confusion actuelle, les autorités maliennes risquent de faire de leur pays le terrain de combat où Alger et Rabat vont transporter une partie de leur bataille, vieille de plusieurs dizaines d’années. Ce qui, à la fin du compte, pourrait bien se révéler embarrassante pour Bamako. Sans oublier que quand une telle rivalité aura atteint un niveau extrême, elle peut provoquer l’instabilité politique au Mali. Le Maroc et l’Algérie voulant chacun avoir au pouvoir une équipe qui lui est favorable.
La seconde raison qui devrait inciter IBK à se montrer conséquent, c’est bien la paix au nord-Mali. En effet, à l’image de la partie gouvernementale, les rebellions qui s’expriment au nom des régions septentrionales maliennes semblent diviser à propos de l’Algérie et du Maroc. Un premier groupe voudrait d’Alger comme partenaire. Alors que le MNLA fait plus confiance à Rabat. Dans le contexte d’une telle division, les hésitations et atermoiements des autorités maliennes ne facilitent certainement pas les choses. Elles se doivent, en effet, dans une telle configuration, de faire un choix et de, par leur fermeté, amener toutes les composantes rebelles à s’aligner derrière un tel choix. Autrement, on légitime chacun des clans en donnant l’impression de prendre en compte ses desiderata. Ce qui ne permettra pas de ramener la paix véritable aussi rapidement que souhaité.
A moins que le Mali n'ait choisi...de ne point choisir entre les deux frères-ennemis. Ce qui est un jeu risqué. Très risqué.
Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info




















