ALGERIE : Bouteflika, acte IV

L'Algérie d'aujourd'hui est caractérisée par deux constats tout aussi contradictoires qu'indéniables : le président Bouteflika est souffrant et de plus en plus affaibli ; mais il demeure toujours l'homme fort du pays. Ces deux faces de la réalité algérienne actuelle sont incarnées dans la prestation de serment d'hier. D'un côté, on a vu un chef de l'Etat au visage crispé, au regard figé et à la diction pénible. Mais président qui a tout de même réussi à se faire réélire, et qui rempile pour un nouveau mandat. Mieux, un président qui s'attèle déjà à l'organisation de son architecture gouvernementale.

Abdoulaziz Bouteflika et ses proches ne sont pas loin d'avoir raison de tous les détracteurs qui, ces derniers temps, n'ont cessé d'épiloguer sur la santé du
président algérien. Ne niant pas le fait que leur leader est souffrant, les proches du chef de l'Etat algérien estiment cependant que la maladie n'est pas de nature à empêcher Bouteflika d’exercer convenablement ses fonctions. Toute l'image que le pouvoir algérien essaie de renvoyer semble bâtie autour cet argumentaire-là.

Il en découle qu'on ne se gêne plus d'afficher le président en fauteuil roulant. De même, qu'il ne soit pas en mesure d’esquisser le moindre sourire, le jour de sa prestation de serment, n'est pas particulièrement dramatique ! Qu'il manifeste des signes de fatigue durant le défilé d'hier, cela aussi est compréhensible ! Enfin, qu'il butte sur les mots, en répétant le texte de la prestation de serment, n'a rien de surprenant pour les Algériens qui savent que c'est un président à la fois âgé et souffrant qu'ils ont réélu.

Le combat ne consiste plus à essayer de nier la maladie. Au regard des signes qui sont directement perceptibles, cette bataille-là est perdue depuis longtemps, mais la tyrannie du pouvoir est forte que tout.

Les partisans du chef de l'Etat bâtissent plutôt leur stratégie de com sur le fait de qu'en dépit de tout, Bouteflika reste maître du jeu politique. C'est ainsi qu'on le fait passer pour celui qui, de son palais, a piloté des mains de maître la campagne électorale, en répartissant les rôles entre ses proches. Et pour ne pas qu'un éventuel
retard dans la prestation de serment prête à controverse, cette dernière a été organisée hier même. Peu importe la forme, l'essentiel était qu'elle se tienne.

Dans la foulée, Abdelmaleck Sellal retrouve ses fonctions de premier ministre. Promptitude qu'on voudrait faire passer pour de la pro-activité. Et le moins qu'on puisse dire c'est que c'est plutôt réussi. Pas sûr cependant que toute cette mise en scène réussisse à calmer l'inquiétude et les craintes des Algériens. Au contraire, pour beaucoup d'entre eux, le cinéma actuel confirme leurs appréhensions.

A savoir qu'ils seront désormais dirigés par procuration, convaincus qu'ils sont, que ce n'est pas celui pour lequel ils ont voté qui pousse les pions. En cela, la reconduction d'Abdelmaleck Sellal au poste de premier ministre, signe la situation d’un Etat en « stagflation ».

Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info

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