AID-EL FITR: Une fête entre austérité et précarité

Les musulmans de Guinée, à l’image de beaucoup de leurs coreligionnaires de par le monde, célèbrent ce jeudi la fête de l’Aïd el-fitr (fête de la rupture). L’annonce a été faite hier sur les ondes des médias d’Etat. Malgré le temps brumeux et les averses qui enveloppaient notamment la capitale Conakry, il s’en est trouvé de vigilants observateurs pour apercevoir le croissant lunaire. Des observateurs dont la vigilance permet donc aux jeûneurs de se limiter à 29 jours. Il est certain que beaucoup ne s’en plaignent pas. Tant la fatigue et l’envie d’en finir se lisaient sur plus d’un visage, dans l’après-midi d’hier. Ceci étant, tout le monde n’aborde pas cette journée de fête avec une débordante gaieté. En effet, si on sourit à l’idée de grignoter désormais en pleine journée, par contre, les dépenses qui vont avec cette célébration constituent un fardeau que bien de pères de familles ont du mal à supporter. D’autant plus que l’argent se fait rare, tandis que les denrées et autres habits de fête affichent des prix exponentiels. C’en est fini du jeûne du mois de Ramadan au compte de 2013. Ce matin, dans les bandes de 9 heures, cette fin sera officialisée par la prière qui sera organisée à cet effet dans différentes mosquées et autres espaces publics du pays. Une prière qui risque bien de se dérouler sous les orages qui, depuis quasiment une semaine s’abattent sans discontinuer sur la capitale guinéenne... 1:17 8-8-2013

Une nouvelle fois, les leaders religieux exhorteront à l’occasion les fidèles à entretenir l’élan de piété et de recueillement qui les ont caractérisé durant les 29 jours passés. Mais ce vœu a peu de chance de se voir exaucé. D’autant plus que les élèves et étudiants vacanciers attendaient avec une certaine impatience que cette parenthèse empreinte d’un certain nombre d’interdits prenne fin. Pour qu’ils puissent jouir de cette période de repos qui leur est dévolue. 

La joie de ces jeunes vacanciers dont certains reprendront dès ce soir le chemin des boîtes de nuit, tranche néanmoins avec les soucis et autres angoisses qui sont ceux des chefs de famille guinéens en particulier. Par les temps qui courent où tout le monde se plaint de la précarité ambiante, il est vrai qu’on n’aborde pas avec sérénité l’Aïd el-fitr. Entre les enfants qui ne sont pas censés comprendre le discours sur l’austérité, au sujet de leurs habits de fête et Madame qui rêve de bien paraître au nombre de ces copines, c’est plutôt compliqué. Tellement plus compliqué que ces derniers temps les médias se font l’écho des lamentations des populations face aux prix que les basins et autres chaussures affichent au grand marché de Madina. 

Or, quand on a décidé de se prévaloir du statut de père de famille, ce n’est pas tout. Il faudra en effet également fournir un repas de fête qui ne suscite pas le ridicule dans le voisinage. Ce qui est également une autre paire de manches quand on sait ce que coûte un tout petit kilo de viande dans les boucheries de Conakry. C’est dire que la fête d’aujourd’hui ne sera pas celle de tout le monde. Cependant, le pape François aura fait la différence par la qualité de son message aux musulmans du monde entier, dans lequel il souhaite ardemment une action concertée et convergente dans le cadre de l'éducation des jeunes. 

A des degrés divers, cette réalité sera quasiment la même dans les autres pays de la sous-région. Cependant, dans quelques-uns d’entre eux, on sera face à des contextes particuliers. Ce sera notamment le cas au Mali où les sermons des imams seront très certainement marqués par le second tour prévu pour ce dimanche, 11 août. Les doléances tourneront autour de la nécessité de préserver la paix et la quiétude au lendemain du scrutin. 

En Egypte, les Frères musulmans en particuliers célébreront cette journée avec la peur au ventre. Selon plusieurs sources, les autorités de la transition n’attendraient que la fin de ce mois de ramadan, pour chasser de force, les partisans du président Mohamed Morsi qui continuent de réclamer le retour de ce dernier au pouvoir. Une perspective qui fait d’autant plus peur qu’elle pourrait se solder par de nombreuses victimes, une nouvelle fois. Hélas.

Plus globalement, dans les pays du Maghreb, on formule les vœux que les manifestations violentes en gestation puissent prendre fin pour permettre au tourisme de reprendre de plus belle, après cette période d’hibernation liée au jeûne et à ces nombreux interdits.

GCI souhaite " Bonne fête à tout le monde! " 

Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info

 

 

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