
Pour cette première visite, le truculent nonagénaire, n’a point hésité d’arroser son auditoire, en présence de son homologue Jacob Zuma, de sa franche colère contre l’occident. Il est vrai qu’il n’en est point à sa première, mais la virulence de ses propos et la solennité de la tribune sud-africaine, à lui, ainsi offerte, amplifie la corrosion de ses paroles et la puissance de certaines de ses vérités, assenées avec fougue.
Tout y passe : la domination des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, l’échec de l’Afrique à obtenir le moindre strapontin, l’attitude des Occidentaux, la colonisation et l’interventionnisme dans le monde arabe, etc.
Et Mugabe de marteler : « Nous ne faisons pas une bonne affaire aux Nations Unies. Seuls cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité ont tout le pouvoir. Si un de ces pays dit NON, alors une résolution ne passe pas. Et c’est pour cela que le système ne fonctionne pas. L’Afrique a essayé de faire amender ce système. » Le vieil homme ne décolère point, il éclate et ses frustrations avec : « Mais non, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France s’y opposent. Mais doit-on continuer comme cela ? Sommes-nous si stupides ? Ne sommes-nous pas suffisamment forts? Ne pouvons-nous pas nous unir et dire : c’est comme cela ou vous n’avez pas notre soutien ? »
Du haut de ses 91 ans, Mugabe est convaincu de son bon droit et de celui des peuples africains ; alors il joue au vieux sage tout en dénonçant avec vigueur ‘’les injustices de ce monde’’. "Regardez ce qu'ils ont fait en Libye", a-t-il ajouté lors d'un point presse commun, dénonçant le sort en 2011 du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi "pourchassé à mort". "Ils ont fait de même avec Saddam Hussein en Irak (...) Là encore pour le pétrole. C'est la même approche brutale, sans ménagement et semant la zizanie des Occidentaux".
Finalement, cette sortie très amère du doyen des chefs d’Etats africains sonne quelque part comme un requiem, une espèce de testament prémonitoire pour dire : « Personne ne dira après moi, que je ne vous ai pas avertis ! » Un rôle de sentinelle que le droit d’aînesse lui autorise, malgré, par ailleurs, certains de ses égarements dus à la sénilité ou à son agressivité légendaire de « combattant de la liberté ».
Maria de BABIA pour GCI
2015 – GuineeConakry.info




















