
Un sujet dont on se méfie
Peut-être parce que l’affaire touche au président de la République, il n’est pas particulièrement aisé de trouver un interlocuteur avec qui on peut en discuter. C’est ainsi qu’un responsable d’une banque de la place nous a prestement répondu : « J’ai un droit de réserve, je ne peux pas m’exprimer sur cette question ». Avant lui, plusieurs autres avaient évité la question au motif qu’ils ne sont ni du département des « opérations », ni de celui de « change ». Un dernier nous a brièvement précisé : « Je sais qu’habituellement, ils (ceux de la Banque centrale, NDLR) transportent des liquidités pour alimenter des comptes à l’étranger ». Il ajoute se souvenir en particulier d’un contrat qui, dans ce cadre, liait la BCRG et la compagnie Air France. Il se demande toutefois depuis quand la compagnie Emirates, dont la venue en Guinée est relativement récente, est désormais celle qui transporte les fonds de la BCRG.
La traçabilité
Pour Mamadou Taran Diallo, de l’ONG ‘’Publiez ce que vous payez’’ et représentant local de Transparency international, « si comme le dit la Banque centrale, il s’agit de pratiques courantes et régulières, au-delà du communiqué fourni, il devrait exister une traçabilité qui permette de suivre le cheminement des fonds, de l’embarquement ici en Guinée à la destination finale, en passant par les pays de transit comme le Sénégal ». Il souhaiterait de la part des responsables de la Banque centrale qu’ils poussent l’effort de transparence jusqu’à préciser « combien y avait-il en euros et en dollars ? ». Parce que le journal sénégalais se borne à donner une estimation approximative en FCFA. M. Diallo relève aussi avec une certaine ironie le fait que la BGRG qui, habituellement est plus encline à « acheter des devises pour renforcer ses propres réserves en vue d’un meilleur contrôle du marché de change local, en est visiblement aujourd’hui à en expédier ». Selon lui, « c’est une bonne nouvelle qu’on ne savait pas ». Enfin, il pense que cette situation est une occasion pour que la Banque centrale « nous dise quels sont ses comptes à l’étranger et quel est le montant pour chacun ? ».
Interrogations sans réponses
A ces interrogations, s’ajoutent d’autres auxquelles le communiqué de la BCRG ne permet pas de répondre. Au nombre de celles-ci, on a le pourquoi des fonds qui, dit-on, étaient destinés à la Citibank de New York, comportaient-ils des euros ? Puisque la destination est le pays du dollar, n’aurait-on pas mieux fait de tout convertir en cette devise ?
Par ailleurs, dans leurs précisions, les responsables de la BCRG démentant les allégations de notre confrère, indiquent que : « avant l’expédition, la Société MSS (la société en charge du transport des fonds, NDLR) a pris l’attache de la subdivision des douanes de l’Aéroport de Dakar pour information ».
A supposer que cette affirmation soit conforme à la réalité, comment alors expliquer que les douaniers du même aéroport de Dakar se soient étonnés de découvrir la cargaison d’argent, au point ''d’ameuter'' la hiérarchie et au-delà, les ministres du budget et de l’économie ?
De même, dans le communiqué de la BCRG, il est écrit : « Le ministre Sénégalais de l’Economie et des Finances aurait pris soin auparavant de demander l’avis de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), qui, il faut le signaler, procède très souvent à des opérations similaires ». Si nous passons outre le conditionnel (le ministre aurait), dont on ne sait pas pourquoi il est employé ici, deux conclusions se dégagent logiquement de cet extrait : Soit le ministre sénégalais a ''des faiblesses techniques'' pour ne pas lui-même savoir reconnaître une opération régulière. Soit l’opération en tant que telle n’est pas aussi régulière et courante qu’on le dit.
Enfin, il serait très intéressant que des informations complémentaires soient fournies au sujet de la société MSS LLC. Au-delà des sigles, on devrait rendre disponible l’intégralité de la nomination et éventuellement fournir des adresses qui permettent de prendre directement contact avec elle. Et quelle sera la réaction du journaliste sénégalais auteur de l'article, dont on annonce qu'il pourrait présenter, ce lundi 25 août 2014, des excuses officielles...et son journal, offrir ses colonnes pour un droit de réponse de la BCRG.
GCI suit pour vous.
Boubacar Sanso BARRY pour GuineeConakry.info




















