AFFAIRE DES 4 MILLIARDS DE FCFA : La BCRG affine ses précisions

Après un premier communiqué, les responsables de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) ont jugé opportun d’apporter des précisions supplémentaires au sujet de ce qui est désormais connu sous le nom d’affaire des 4 milliards de FCFA. Pour cela, une conférence de presse animée par le gouverneur de la BCRG, en personne, a été organisée ce lundi à Conakry. A l’occasion, Lounceny Nabé s’est évertué du mieux qu’il pouvait à démontrer que l’opération dont il est question est "la plus régulière et la plus licite qui soit". Et que les allégations de notre confrère sénégalais "Le Quotidien"sont tout sauf fondées.

Entouré des principaux responsables de la Banque centrale, le gouverneur a entamé son intervention par une précision dont l’objectif est de mettre en évidence le peu de consistance qu’il y aurait dans l’article duquel est partie l’affaire. En effet, selon Louncény Nabé, « L’opération dont il est question n’a pas porté sur 4 milliards de FCFA qui équivalent à 8 millions de dollars, mais c’est bien sur montant plus important de 20 millions de dollars » A l’en croire, « Ceci suppose déjà que l’organe de presse qui s’en est fait l’écho n’avait pas la maîtrise de la situation. Dans le meilleur des cas, il ne comprenait pas de quoi il s’agissait. Et dans le pire, il y avait une intention manifeste d’intoxiquer ». Car, a-t-il poursuivi : « C’est une opération courante de la Banque centrale que nous pratiquons depuis toujours. La Banque centrale procède régulièrement à des expéditions de valeurs auprès de ses correspondants ». Pour se donner toutes les chances de se faire comprendre, il recourt même à une approche pédagogique : « Si vous allez au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou dans des pays à zone monétaire indépendante, vous demandez les devises qui échoient dans les pays par an, que ce soit à la suite d’opérations d’exportations plutôt traditionnelles comme ça se fait ici pour l’or et le diamant, que ce soit pour l’argent dépensé par les touristes étrangers dans ces pays-là ; ces devises physiques finissent leurs parcours dans les caisses des banques centrales qui les expédient physiquement. Avant que ce ne soit dans des comptes à l’étranger. Quand c’est porté dans les comptes, les écritures électroniques peuvent servir maintenant. Les écritures ne sont pas passées ex nihilo. Elles sont toujours représentatives d’un montant qui est là, qui est palpable ». Par ailleurs, précise-t-il, « La Banque centrale est une institution à laquelle la loi confère une large indépendance, et dans le cadre de cette indépendance et des prérogatives qui lui sont conférées par la loi, elle effectue ses opérations ».

La méprise

Que se serait-il alors passé pour que cette opération régulière suscite autant de débat ? Louncény Nabé indexe en premier lieu le transbordement qui, selon lui, serait une nécessité imposée par l’épidémie d’Ebola : « MSS a choisi de transporter les fonds par Emirates (compagnie aérienne, NDLR), qui avait ouvert une escale à Conakry. En raison de la fièvre Ebola, il y a eu une première suspension des vols. Puis les vols ont repris. Suite à la recrudescence de l’épidémie Ebola dans les pays voisins notamment, l’escale a de nouveau été suspendue ». Cette suspension coïncidant avec la nécessité de convoyer des fonds en direction des correspondants de la BCRG, la société MSS s’est trouvée dans l’obligation d’affréter un petit avion qui devait prendre l’argent à Conakry pour l’acheminer jusqu’à Dakar, en vue de son embarcation dans un des avions d’Emirates.

Mais Ebola n’a pas eu que le transbordement pour  conséquence. Selon le gouverneur de la BCRG, avec le retard accumulé en raison de la suspension de l’escale de Conakry, le contrat initial selon les termes duquel « MSS transportait les fonds de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) par lots de 10 millions de dollars » a été légèrement modifié. Parce que MSS a estimé qu’il lui est plus rentable de transporter cette fois, 20 millions de dollars. Selon le gouverneur, l’origine de l’incompréhension pourrait se situer dans « la différence entre les 10 millions qui étaient initialement annoncés dans le contrat et les 20 millions qui sont venus ». Même s’il n’exclut pas qu’il y en ait d’autres. D’autant plus que le prestataire a « pris la précaution d’informer, nous ont-ils assuré, les douanes sénégalaises ». En tout état  de cause, selon Louncény Nabé, les autorités sénégalaises auraient invoqué une « méprise ».

La traçabilité de l’opération

Aux inquiétudes d’une consœur qui voulait savoir si l’opération a été déclarée, le gouverneur a répondu, catégorique : « Il y a eu déclaration. Les documents douaniers ont été passés en bonne et due forme. Mais c’est vrai qu’il y a eu méprise. C’est le terme que le ministre sénégalais de l’économie et des finances m’a indiqué, quand j’ai parlé avec lui au téléphone. Pourquoi ? Parce que tout simplement, une donnée a été interprétée de façon erronée. Sans que les questions ne soient posées aux personnes concernées, aux bonnes personnes. La déclaration a été faite et la douane guinéenne peut l’attester. Vous trouverez les traces de cette opération et de toutes les opérations antérieures à la douane. Ça se fait dans toute la transparence requise ».

Le choix de MSS

L’autre centre d’intérêt de la communication du gouverneur portait sur les raisons et les conditions du choix de MSS, comme transporteur des fonds. L’origine lointaine du contrat de la BCRG avec MSS, Louncény Nabé la situe à la fin de l’année dernière, quand le Crédit Suisse, précédent prestataire, a informé la partie guinéenne qu’il abandonnait ses opérations d’espèces. Suite à cette évolution qui ne concernait pas que la Guinée, poursuit le gouverneur, « Nous avons été consultés par un certain nombre de spécialistes. En comparant le coût que nous supportions avec notre partenaire ancien et celui que nous proposait d’autres postulants, nous avons choisi MSS ». Plus précis, il ajoute « A titre de comparaison, avec le Crédit suisse, nous payions à peu près 0,95 %. Avec MSS, c’est 0,90 %. Toutes les opérations de transport, de traitement et d’expédition étant prises en compte dans ce prix ».
Ce dernier détail est d’autant plus important qu’avec l’ancien prestataire, il revenait à la BCRG de prendre en charge les frais du transport des fonds de la BCRG à l’aéroport de Conakry. Selon les termes du contrat avec MSS, il revient exclusivement au prestataire de définir la manière dont les fonds sont transportés. Du coup, il a également la responsabilité du choix de la compagnie. Du moment où c’est lui qui en assume les frais.

Quid du droit de réponse ?

Dans leur communiqué du samedi dernier, les autorités de la BCRG demandaient à notre confrère sénégalais de publier le droit de réponse de MSS en première page, sous réserve de poursuites judiciaires. Qu’en est-il ? Ça n’a pas été fait ce lundi. Selon le gouverneur, le journal sénégalais aurait néanmoins publié le communiqué de la BCRG. Une mise en demeure lui aurait été adressée par l’avocat de MSS, en vue de la publication effective du droit de réponse.
Il est à préciser que le journal a publié ce lundi, un article où il était plus question de justification que d’arguments allant dans le sens de la consolidation des éléments du précédent article. Le confrère dit notamment qu’il n’a jamais explicitement et formellement fait le lien entre les fonds et le président Alpha Condé. Par ailleurs, il insinue que c’est aux autorités guinéennes d’apporter la preuve de leur innocence. Alors qu’il est davantage attendu de sa part qu’il apporte les preuves de la culpabilité de ces mêmes autorités guinéennes.

Boubacar Sanso BARRY pour GuineeConakry.info

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