
Il y est surtout question du fait que Mohamed Conté revendique et assume, sans aucune forme de scrupules, la propriété de biens dont l’origine douteuse, sinon illégale, est rendue évidente dans la même lettre.
Mission secrète
Contrairement à ce que veut faire croire Mohamed Conté, cette affaire fait directement penser à la fable de La Fontaine. Quelques éléments laissent croire en effet que les protagonistes qui s’affrontent aujourd’hui, par médias interposés, sont tous des voleurs dont la divergence proviendrait du partage du butin!
Dans son courrier, l’ainé des enfants de l’épouse de l’ex-président de la République, remontant aux origines de l’affaire qui fait aujourd’hui la Une des médias, écrit : « Mme Chantal Cole a été présentée pour la première fois à mon père par M. Jean Claude Sultan, dans le cadre justement du montage juridique qui lui a été proposé, tendant à la prise d’actions dans la société Areeba Guinée SA, en cours de formation ». Choisie en partie pour des « besoins évidents de discrétion », Chantale Cole avait une mission à deux volets.
Le premier, selon Mohamed Conté, consistait à « avoir un actionnariat de personnes morales, plutôt que de personnes physiques, dont les noms auraient tout de suite attiré l’attention ». Le second volet, quant à lui, revenait à « créer ces personnes morales actionnaires en dehors de la Guinée, pour éviter d’éventuelles indiscrétions pouvant provenir d’un cabinet notarial local ».
Les Iles Vierges britanniques
Pour se conformer en particulier à ce second volet de sa mission, Chantal Cole, après avoir reçu les passeports de certains enfants de Mme Conté, se serait rendue aux Iles Vierges britanniques. Elle en serait revenue avec deux sociétés dans ses bagages : la Société guinéenne d’investissement (SGI) et la Société guinéenne de développement (SGD). A chacune d’elle, il est attribué 12.5 % des actions d’Areeba Guinée S.A. Selon le deal, la première est une propriété des enfants que Kadiatou Seth Conté a eus pour le président. La seconde devait, selon Mohamed Conté, revenir à l’ensemble des acteurs dont l’intervention a permis de faire aboutir le dossier. En d’autres termes, c’est un peu la récompense pour services rendus, ou peut-être le prix du silence ?
Le hic ?
Près de dix ans après, l’entente et la joie qui avaient caractérisé la conclusion d’une aussi juteuse affaire, ont foutu le camp. En lieu et place, nous avons aujourd’hui la suspicion et les accusations réciproques. Depuis la mort du président Lansana Conté, en décembre 2008, Chantal Cole revendiquerait la propriété exclusive des actions cumulées des deux sociétés. Inacceptable pour les héritiers du président qui crient au voleur ! Sauf qu’ils trainent derrière eux, un handicap de taille : ils n’ont aucun document tendant à confirmer leurs affirmations. Ce que Mohamed Conté essaie de justifier ainsi : « A son retour de mission (il s’agit de Chantal Cole, NDLR), lorsqu’elle a voulu rendre les documents de constitution de la société, au regard de la grande confiance qu’elle avait su cultiver à l’époque, il lui a été demandé de garder pour l’instant lesdits documents pour le compte des enfants ».
Une excuse qui n’aura pas pesé lourd aux yeux des tribunaux de Kaloum et Dixinn qui, tous deux, saisis du dossier, auraient prononcé un non-lieu contre lequel la famille aurait interjeté appel. En désespoir de cause, le clan Conté, essayant péniblement de se faire passer pour une victime d’abus de confiance, tente de s’attirer la compassion de l’opinion publique, en utilisant notamment la vieille recette de la veuve et de l’orphelin, pillés.
Entre les lignes
Et le moins qu’on puisse dire c’est que la stratégie semble quelque peu payante. Parce que Mohamed Conté se voit cajoler comme la véritable victime qu’il se prétend. Or, la vérité des faits pourrait être quelque peu différente. Il n’est, bien entendu, pas exclu que Chantale Cole ait effectivement fait tout ce dont on l’accuse dans cette lettre. Mais ceux qui crient aujourd’hui au voleur, qui sont-ils, eux-mêmes ? Sont-ils blancs au point de demander aujourd’hui la compassion des Guinéens ?
Dans cette lettre, on semble avoir affaire à un voleur qui, craignant de se voir doubler au moment du partage du butin, préfère ébruiter l’affaire pour que tout le monde perde. Autrement, il ressort de toute la lettre de Mohamed Conté, que son papa n’avait aucune envie que le lien entre sa famille et les entreprises en question soit rendue publique. Lansana Conté aurait voulu et aurait fait en sorte que les conditions soient opaques et que les choses ne se passent surtout pas dans la transparence. Pourquoi ? Tout le monde doit avoir la réponse.
L’opération ne devait pas être licite. Les fonds ne devaient pas appartenir au président lui-même. Il s’agit en réalité d’une facette de la façon dont le pays était géré. Tous ceux qui ont pris part à cette opération sont à ranger dans la même catégorie des prédateurs de l’économie guinéenne.
Tireur embusqué ?
D’ailleurs, quand on se remémore le contexte trouble dans lequel cette affaire s’est nouée, on pourrait se demander si en réalité, ce ne sont pas d’autres personnes qui agissent à travers les enfants de l’ex-président ? En effet, pour l’attribution de la troisième licence de la téléphonie GSM, on avait assisté à une âpre bataille entre partisans d’Investcom et ceux de Sonatel. Le choix de la société luxembourgeoise se serait-il alors opéré, en contrepartie de rétro-commissions dont les ramifications s’incarneraient dans cette sortie de Mohamed Conté ?
L’hypothèse est d’autant plus vraisemblable que l’ainé des enfants de la coépouse d’Henriette Conté ne donne pas l’impression de maîtriser tous les contours de ce dont il parle. C’est à croire qu’il est poussé par quelqu’un qui a davantage perdu dans cette affaire.
Dans tous les cas, l’Etat devrait s’intéresser à ce dossier pour éventuellement récupérer ce qui lui a été substilisé. Surtout que, ironie du sort, c’est le "voleur" lui-même qui vient se déclarer sans aucune contrainte.
GCI suit pour vous.
Pivi Bilivogui pour GCI
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